jeudi 24 novembre 2005

Association des Ecrivains du Sénégal: rien ne va plus!

A madame Madame Fatou Ndiaye Seck
présidente de l’AES section Louga


C’est avec un sentiment de surprise, mitigé cependant, que je me suis associé à une indélicatesse qu’aurait commise à son endroit, selon Madame Fatou Ndiaye Seck, présidente de l’Association des écrivains de Louga, Alioune Badara Bèye, actuel président des écrivains du Sénégal (Aes). Je tiens à me démarquer de cet imbroglio dans lequel je n’ai aucune part ni responsabilité, n’ayant pas été informé des suites données aux promesses effectivement faites aux jeunes écrivains de Louga par M. Bèye et sa délégation dont je faisais certes partie. Mon éthique personnelle ne m’autorise ni à ne pas respecter la parole donnée, ni à ne pas tenir des engagements pris en public ou même en privé.


Que Me Fatou Ndiaye Seck sache donc que, pas davantage qu’elle, je ne suis au courant des activités de l’Association des Ecrivains du Sénégal aux dernières assises de laquelle je n’ai d’ailleurs pas été convié (étant membre à part entière de ladite Association dont je suis le représentant attitré à Saint-Louis). J’ai appris la récente nomination de M. Bèye au poste de président de l’AES « à l’unanimité et par acclamation » par voie de presse et, quoique ma mise à l’écart feutrée n’ait suscité aucune réaction de ma part, je n’ai pu m’empêcher de me demander si un consensus réel avait été réalisé autour de cette nomination et si le nécessaire quorum permettant de valider une assemblée générale avait été atteint, au vu de tous ce que le pays compte d’écrivains confirmés. Je n’ai également pu m’empêcher de penser que, peut-être plus qu’aucun autre regroupement d’individus autour d’une activité ou d’une profession, une association d’écrivains se doit d’être soumise aux règles, principes et mécanismes élémentaires du fonctionnement démocratique. Je crois, sous ce rapport, que mon point de vue rejoint bien les préoccupations de Mme Fatou Ndiaye Seck et des membres de son association qui semblent se soucier principalement, ce qui est légitime, de la gestion correcte des affaires de l’AES et de « Kër Birago » à laquelle ils se plaignent de ne pas être associés. Qu’ils sachent donc que, pas davantage qu’eux, les écrivains de Saint-Louis ne reçoivent pas, que l’on me pardonne la trivialité de l’expression, « leur part du gâteau », pourtant substantielle si l’on se réfère au nombre de « journées, séminaires et colloques internationaux » où sont invités en grande pompe des écrivains et poètes du monde entier (prestige oblige) aux frais de la princesse. Et pourtant l’on passe son temps à verser des larmes (d’écrivain) sur le triste sort de l’édition sénégalaise (à qui la faute ?) qui ne cesse de battre de l’aile, accélérant ainsi la relégation de la production littéraire nationale à son niveau le plus bas.


Je suis néanmoins de ceux qui pensent que la création littéraire est un acte éminemment solitaire qui relève du talent d’abord, ensuite de l’effort et que la créativité ne dépend pas forcément des moyens matériels mis à la disposition de ceux (ou celles) qui en assument la responsabilité. Nous en avons tous les jours la preuve dans notre monde moderne où la technologie a démultiplié à l’infini les possibilités de reproduction des œuvres dites de l’esprit, pourvu que seulement que l’on en ait les moyens. Pour être plus succinct sur cette question, j’emploierai la formule laconique de Sacha Guitry : « L’essentiel est d’écrire, tout le reste n’est que littérature ».


Néanmoins, vous avez raison, Mme Fatou Ndiaye Seck et les écrivains de Louga, d’exiger plus de transparence, d’équité, et de présence ailleurs qu’à Dakar (ne serait-ce qu’au nom du sacro-saint principe de la décentralisation) de la part de personnes qui sont censées représenter, et la création littéraire, et les écrivains de notre pays, et qui de surcroît parlent en notre nom à tous. Vous avez raison d’exiger que soit assaini l’environnement culturel du Sénégal, que soit encourager la jeune littérature par la création de prix et l’accès à l’édition, que soient mises sur pied de relais efficaces permettant de stimuler la chaîne éditoriale, laquelle chaîne a autant besoin d’écrivains que de lecteurs, d’éditeurs que de critiques littéraires. La littérature sénégalaise a réellement besoin d’un coup de fouet salutaire, d’un rajeunissement et d’une participation large de toutes ses composantes. Elle a besoin de redorer son blason par une production de qualité et non de s’enfoncer dans la médiocrité par la promotion de poncifs et de navets faisant office de chefs-d’œuvre.


Aujourd’hui le constat est unanime : la littérature sénégalaise est en déclin. Les grandes voix d’autrefois se sont tues, éteintes par la mort ; celles qui restent demeurent silencieusement désabusées, face au désolant pour ne pas dire à l’écoeurant spectacle de la course aux honneurs, du larbinisme, du copinage et du profit sous toutes ses formes qui minent à présent les milieux dits littéraires.

Il est temps que ceux dont le souci premier est l’épanouissement de l’art littéraire, et non d’égoïstes intérêts personnels, joignent leurs efforts dans un élan de solidarité et de générosité lucide et critique. Pour que le grain ne meure et pour que l’on ne puisse point dire un jour en parlant de la littérature de notre pays, ce mot terrible du poète équatorien, Jorge Carrera Andrade : « La guitare n’est plus qu’un cercueil pour chansons »


Par Louis CAMARA
Ecrivain (Grand prix du président de
la République
du Sénégal pour les Lettres)
BP : 144 Saint-Louis du Sénégal
camaralou@yahoo.fr


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