jeudi 19 octobre 2006

Votre peuple ne mérite pas ça, M. le Président - Par Moussa DIENG



Après avoir longtemps souffert du règne du Parti socialiste, le peuple sénégalais l’a enfin sanctionné le 19 mars 2000 par l’élection de Maître Abdoulaye Wade. Ce dernier est porté au pouvoir grâce aux deux principales coalitions qu’étaient la Coalition 2000 dont il était le candidat et celle de la Code 2000 qui avait porté la candidature de M. Moustapha Niasse.

Ainsi, après 26 ans d’opposition, Me Wade arrive enfin au pouvoir. Toutefois, même si son combat en tant qu’opposant a été important dans la lutte pour la consolidation de la démocratie dans notre pays, force est de reconnaître que son élection découle plus de la détermination du peuple sénégalais a en découdre avec le régime socialiste qu’à un choix raisonné porté sur Me Wade. Ce personnage n’a jamais inspiré confiance à nos mamans et papas qui le considéraient toujours comme nitu ay, raison pour laquelle ils n’ont jamais accepter de voter pour lui. Ce n’est qu’un quart de siècle après la formation de son parti, que la “jeunesse malsaine”, victime d’une année blanche en 1988 et d’une année invalidée en 1994, a renversé la tendance espérant une amélioration de leurs conditions de vie et de leurs parents.

Cependant, depuis la mise en place du régime dit de l’alternance, le niveau de déception du peuple sénégalais ne cesse d’augmenter. Ce peuple est pris en otage par un régime incapable de prendre en charge correctement ses aspirations. Les conditions de vie des populations ne cessent de se détériorer à cause d’augmentations régulières des prix des denrées de première nécessité. La crise dans le secteur énergétique a entraîné des hausses fréquentes du carburant, entraînant du coup l’augmentation anarchique du prix du transport en commun occasionnant ainsi quotidiennement des altercations entre apprentis chauffeurs et les passagers sur les problèmes de monnaie.

Les délestages de la Senelec, dont la fin est plusieurs fois annoncée par le chef de l’Etat lui-même, continue à faire régner la pénombre sur bon nombre de ménages sénégalais. La disponibilité de l’électricité est devenue l’exception pour les consommateurs qui peuvent rester plus d’une demi-journée sans électricité.

Une grande partie de la jeunesse, qui, parce que déçue par la mauvaise politique de jeunesse du régime libéral, a choisi la voie maritime à la recherche d’un meilleur cadre en Europe, a été humiliée par nos autorités qui ont cautionné leur rapatriement dont les images rappellent la période de la Traite négrière.

Les paysans qui ont, eux aussi, longtemps souffert des Programmes d’ajustement structurel (Pas) durant la dernière décennie du régime socialiste espéraient une amélioration de leur situation. Les fruits de ces Pas qui étaient attendus à partir de l’année 2000 ne sont pas ressentis par les agriculteurs. Pour la première fois de l’histoire de l’agriculture sénégalaise, apparaît le concept de “bons impayés” à cause de mauvaises politiques agricoles du gouvernement. Après trois mois de dur labeur, les paysans sont obligés de courir derrière leur argent ; une situation qui a accentué la paupérisation en milieu rural.

Parallèlement à cette situation, dans d’autres domaines, le gouvernement libéral, et à sa tête le chef de l’Etat, ne cesse de poser des actes incompréhensifs pour les Sénégalais. N’importe quelle décision peut être prise, pourvue qu’elle s’inscrive dans la dynamique de maintenir Wade au pouvoir. La conformité des décisions prises avec les lois et règlements de notre pays est le cadet des soucis de nos gouvernants.

Depuis le début de l’alternance, il n’y a pas un seul jour où les Sénégalais ne découvrent pas de scandale. Me Wade a violé pour la première fois la Constitution le jour même où il s’est engagé à la respecter : c’est le jour de sa prestation de serment. Beaucoup de promesses tenues par Wade n’ont pas été respectées. Tout ce qu’il avait promis de ne pas faire, il a fait pire.

- Il avait promis la suppression du Conseil économique et social (Ces) parce que disait-il, il coûtait trop cher aux finances publiques et sans grand intérêt pour le peuple. A la place, il a créé le Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales avec plus de membres que l’ancien Ces et un budget plus colossal.

- Il a supprimé le Sénat parce qu’il considérait que c’était un moyen pour le Parti socialiste de caser des mécontents, mais il a lancé l’idée de le ramener suite à une audience avec des anciens de son parti.

- A côté de chaque ministère, il crée une Agence nationale pilotée par des politiciens et non des techniciens de l’administration.

- En plein meeting d’investiture du Pds, notre grand-père de Président déclare nommer un ministre délégué auprès du Premier ministre, foulant au pied les règles de la bienséance républicaine. Un Premier ministre dont Me Wade exprime sa satisfaction parce qu’il «a réalisé les plus grands chantiers de son septennat» a-t-il besoin d’un ministre analphabète ? On ne peut être exhaustif en citant les maladresses, les dérives, les actes insolents posés par le régime libéral et son manque de respect à l’endroit du peuple sénégalais.

Face à tout cela, le peuple demeure amorphe, stupéfait et inquiet de l’avenir de son pays. Mais Me Wade doit savoir que le peuple sénégalais ne mérite pas cela de sa part.

Ce peuple qui lui a tout donné ; ce peuple qui s’est sacrifié avec lui des années durant avant de l’accompagner au pouvoir ; ce peuple qui a été patient et indulgent avec lui depuis le début de son règne ; ce peuple, dont la majorité de sa jeunesse a sacrifié les “noces” de la Tabaski 2000 pour convaincre leurs parents à voter pour l’alternance ; ce peuple qui, même s’il a toujours hésité à voter pour lui, a manifesté dans toutes les rues de Dakar quand le candidat Abdou Diouf a téléphoné son adversaire pour reconnaître sa défaite et féliciter le nouveau président pour sa victoire, ce peuple-là ne mérite pas ça de la part de Abdoulaye Wade. Ce peuple est trahi. Tout ce qu’il peut maintenant attendre de Wade, c’est de lui laisser un Sénégal de paix et de stabilité. Ce peuple exige qu’il organise des élections démocratiques, transparentes et paisibles à l’issue desquelles il doit reconnaître sa défaite et féliciter son adversaire. C’est la seule sortie honorable qui lui reste “vu son âge et son état de santé”. Car, rien ne permet de penser qu’il peut gagner les élections et toutes les mesures qu’il a prises de manière unilatérale en matière électorale (couplage, augmentation de la caution, suppression du quart bloquant, etc.) prouvent qu’il n’est pas sûr de lui et de son équipe et est convaincu qu’il ne peut pas gagner les élections même si son Premier ministre pense que ”ses grands chantiers sont les seuls gages des victoires futures”. Il est temps que notre grand-père se ressaisisse et se soucie de l’avenir de notre cher Sénégal. Puisqu’il n’a pas pu faire mieux que le régime précédent, au moins qu’il nous laisse un Sénégal reewum jamm, un pays stable. Le peuple en a marre monsieur le Président. Il est plus que fatigué et il a beaucoup souffert et continue de souffrir de votre règne. Arrêtez et partez.


Que le Bon Dieu veille davantage sur le Sénégal et fasse que les élections se tiennent à date échue dans de bonnes conditions de paix et de stabilité.

Qu’Il mette à la tête de ce pays quelqu’un d’autre qui fera mieux que Wade et que ce dernier soit accompagné à son domicile du Point E pour une retraite paisible. Amen.


Par Moussa DIENG
Michigan State University - Etats-Unis
pamodi70@yahoo.fr

Articles les plus consultés