mardi 21 novembre 2006

Menaces sur l’année scolaire 2006/2007 : Soyons responsables - Par Amath DIALLO

M. Moustapha SOURANG,
Ministre de l'Education du Sénégal



Des menaces graves pèsent déjà sur l’année scolaire 2007 devant l’indifférence généralisée des populations, des parents d’élèves singulièrement, des autorités politiques et religieuses, de la société civile et de toutes ces bonnes volontés facilitatrices de dernière heure du rapprochement entre syndicats enseignants et Gouvernement.



Les enseignants regroupés au sein du cadre unitaire des syndicats du moyen secondaire (Cusems) ont donné le ton en paralysant l’espace scolaire par deux journées de débrayage (les 14 et 17 novembre) et deux jours de grève (les 15 et 16 novembre). Le Sudes va bientôt déposer son préavis de grève et l’Uden, en toute logique, va en faire de même.



Les élèves de certains établissements d’enseignement moyen et secondaire sont partis en grève eux aussi pour attirer l’attention des autorités sur les menaces qui pèsent sur l’année et pour éloigner le syndrome de la rétention des notes et du boycott des examens. Et dire qu’il y a à peine deux mois que le Cusems a levé son mot d’ordre pour « viabiliser un dialogue social à même de baliser les contours d’un climat apaisé dans l’école ». L’Etat sénégalais semble faire peu de cas de la plate forme revendicative déposée sur sa table par les syndicats enseignants et prend même le malin plaisir de les narguer en procédant à des augmentations d’indemnités représentatives de logement (Irl) de certaines catégories socioprofessionnelles au-delà des attentes et espérances de ces dernières. L’argument du nombre évoqué pour disqualifier les enseignants dans la mise en œuvre de ces ‘revalorisations’ a été battu en brèche par le Cusems en indiquant dans un document fouillé le nombre qu’ils constituent dans le moyen /secondaire - moins nombreux que les militaires et paramilitaires. Les revendications pour lesquelles le système scolaire risque d’être bloqué ont largement rencontré l’adhésion de l’opinion particulièrement en ces temps d’augmentation à tour de bras des traitements de fonctionnaires souvent recrutés à un niveau extrêmement plus bas. C’est à se demander si les enseignants sont un corps tout à fait à part régi par des critères autres que ceux qui sont applicables aux agents de la fonction publique. Le critère du diplôme obtenu, du nombre d’années d’études est sinon universel du moins typiquement francophone comme la plupart de nos lois d’inspiration française et /ou napoléonienne. Les enseignants sont dotés d’une culture administrative suffisante leur permettant de ne pas confondre indemnités, primes et autres avantages qui fondent souvent les écarts entre les salaires des travailleurs. Leurs revendications pécuniaires restent arrimées à une ossature juridique et non à une quelconque bonne tenue de finances publiques. D’ailleurs ne serait-ce que de ce point de vue, l’Etat sénégalais est en mesure de satisfaire la revendication sur laquelle les négociations achoppent depuis l’année dernière. Selon la bouche même d’un de ses représentants, Me Ousmane Ngom en l’occurrence, à l’occasion du vote pour l’adoption du projet de loi 32/2006, « avec un budget de 1500 milliards, l’Etat du Sénégal est en mesure de supporter une augmentation du nombre de députés » de 120 à 150 pour un coût de 500 millions. Tout ceci après l’augmentation (presque en catimini) du budget du Conseil de la République pour les Affaires Economiques et Sociales (Craes) de 800 millions à 3 milliards.



Il y a donc, pour ainsi dire, des couches de la population qui doivent bénéficier des mannes de l’Etat et d’autres qui doivent se ceindre les reins pour lutter ad vitam æternam. Les enseignants appartiennent à cette frange. L’exclusion dont ils font l’objet est indéfendable dans une République où il est vraiment temps de leur donner enfin la possibilité de réaliser leurs ambitions légitimes à l’égalité de traitement et au respect de leur dignité en évitant la stigmatisation.



Enfin, des sources à prendre très au sérieux avancent que les revendications des syndicats enseignants ne seront pas prises en compte avant février 2007, le temps que la stabilité du pays et la paix sociale soient sérieusement menacées par leurs œuvres pour justifier un éventuel report des élections.



Une telle perspective, outre la forte teneur en cynisme qu’elle renferme, devrait alerter tous les acteurs sociaux et politiques et provoquer chez eux, de manière anticipative, des réactions de médiation et de dialogue au lieu d’attendre que l’irréparable soit atteint.



Ouvrir des négociations sérieuses, faire des propositions correctes et respectueuses aux syndicats très tôt et s’engager à les honorer, telle nous semble être l’attitude la plus responsable et le meilleur gage d’une année scolaire apaisée.










Par Amath DIALLO
amathd@yahoo.fr

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