lundi 20 novembre 2006

SYNDICALISME et MOUVEMENTS SOCIAUX AU SENEGAL

"Menaces sur l’année scolaire
2006/2007"
Des menaces graves pèsent déjà sur l’année scolaire 2007 devant l’indifférence généralisée des populations, des parents d’élèves singulièrement, des autorités politiques et religieuses, de la socité civile et de toutes ces bonnes volontés facilitatrices de dernière heure du rapprochement entre syndicats enseignants et gouvernement. Les enseignants regroupés au sein du Cadre unitaire des syndicats du moyen secondaire (Cusems) ont donné le ton en paralysant l’espace scolaire par deux journées débrayage (les 14 et 17 novembre) et deux jours de grève (les 15 et 16 novembre). Le Sudes va bientôt déposer son préavis de grève et l’Uden, en toute logique, va en faire de même.


Les élèves de certains établissements d’enseignement moyen et secondaire sont partis en grève eux aussi pour attirer l’attention des autorités sur les menaces qui pèsent sur l’année et éloigner le syndrome de la rétention des notes et du boycott des examens. Et dire qu’il y a à peine deux mois que le Cusem a levé son mot d’ordre pour ‘viabiliser un dialogue social à même de baliser les contours d’un climat apaisé dans l’école’. L’Etat sénégalais semble faire peu de cas de la plate forme revendicative déposée sur sa table par les syndicats enseignants et prend même le malin plaisir de les narguer en procédant à des augmentations d’indemnités représentatives de logement (Irl) de certaines catégories socioprofessionnelles au-delà des attentes et espérances de ces dernières. L’argument du nombre évoqué pour disqualifier les enseignants dans la mise en œuvre de ces ‘revalorisations’ a été battu en brèche par le Cusem en indiquant dans un document fouillé le nombre qu’ils constituent dans le moyen/secondaire - moins nombreux que les militaires et para-militaires.


Les revendications pour lesquelles le système scolaire risque d’être bloqué ont largement rencontré l’adhésion de l’opinion particulièrement en ces temps d’augmentation à tour de bras des traitements de fonctionnaires recrutés à un niveau extrêmement plus bas. C’est à se demander si les enseignants sont un corps tout à fait à part, régi par des critères autres que ceux qui sont applicables aux agents de la fonction publique. Le critère du diplôme obtenu, du nombre d’années d’études est sinon universel, du moins typiquement francophone comme la plupart de nos lois d’inspiration française e/ou napoléonienne. Les enseignants sont dotés d’une culture administrative suffisante leur permettant de ne pas confondre indemnités, primes et autres avantages qui fondent souvent les écarts entre les salaires des travailleurs. Leurs revendications pécuniaires restent arrimées à une ossature juridique et non à une quelconque bonne tenue de finances publiques.


Il est temps que nos autorités réagissent avant que le scénario de l’année dernière ne ressurgisse. Ouvrir des négociations sérieuses, faire des propositions correctes et respectueuses aux syndicats très tôt et s’engager à les honorer, telle nous semble être l’attitude la plus responsable et le meilleur gage d’une année scolaire apaisée.


‘Trop de désordre, trop d'inégalités, une société à deux vitesses, trop d'indiscipline, trop d'irrespect de la Constitution, de la loi et des règlements sont nuisibles. Les plus beaux et les plus nombreux chantiers du monde n'y changeront rien’, pour reprendre les mots d’un journaliste de la place. Au lieu de s’acharner à trouver des poux sur la tête de paisibles citoyens, à prendre en otages les libertés et les institutions et à chercher à se faire réélire vaille que vaille, le gouvernement de l’alternance devrait chercher à ‘cristalliser toute notre légitime aspiration au développement socio-économique par le canal de ressources humaines en phase avec les urgences, les impératifs et les besoins d'un monde global dominé par la compétitivité des économies, la circulation effrénée des savoirs et la recherche assidue de performance’.

Par Amath DIALLO
amathd@yahoo.fr

Articles les plus consultés