vendredi 3 novembre 2006

Vote de la suppression du quart bloquant: dissertation sur la légalité ou la légitimité du futur chef de l'Etat

Dakar, 3 nov (APS) - Les députés, partisans et adversaires de la modification constitutionnelle visant la suppression du ''quart bloquant'', se sont opposés, vendredi, autour du couple ''légalité-légitimité'' du probable président de la République qui sortira élu au premier tour de la présidentielle du 25 février 2007.


Le ''quart bloquant'' renvoie à l'article 33 de la Constitution sénégalaise qui stipule que nul ne peut être élu à l'issue de premier tour de la présidentielle, s'il n'a obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés représentant au moins le quart des électeurs inscrits.

74 députés sur les 120 que comptent l'Assemblée nationale ont voté la suppression du quart bloquant, soit deux voix de plus que les 72 voix nécessaires pour l'adoption de cette loi (majorité des 3/5 de députés).


''Notre démarche participe du renforcement de la démocratie, contrairement à ce qu'on a voulu faire croire'', a indiqué le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Gadio, représentant le gouvernement.

Le ministre faisait ainsi référence aux préoccupations de certains députés, de l'opposition essentiellement, qui ont estimé que cette modification constitutionnelle constituerait ''un recul démocratique''.


Ces parlementaires ont fait valoir qu'avec la suppression du ''quart bloquant'', le prochain président élu au premier tour sur la base de cette modification constitutionnelle n'aurait à recueillir que le suffrage de moins de 1.250.000 électeurs sur les cinq millions d'inscrits.

Le député socialiste Mamadou Diop, juriste de formation, a posé le problème en ces termes : ''légalité du pouvoir et la légitimité de son action'', soulignant qu'une représentation ''effective'' est liée à l'importance du taux de participation à une élection.

Le député Madyena Diouf (AFP) dit être ''fondé à supposer'' que cette modification constitutionnelle intervenant à 4 mois environ des prochaines consultations électorales, obéit à des motivations ''purement électoralistes'' et constitue ''un recul de la participation populaire''.


Pour Boubacar Badji (AJ/PADS) également, la suppression du ''quart bloquant'' constitue ''une régression démocratique''. Il a également fustigé le fait que cette modification constitutionnelle ait été décidée ''en catimini'', sans concertation préalable.

A l'argument selon lequel la majorité des personnes inscrites sur les listes électorales ne va pas voter, le député Badji à répondu : ''c'est à nous d'amener les citoyens à aller voter'' par une sensibilisation citoyenne.


Ces positions exprimées par les députés opposées à cette modification constitutionnelle sont ''excessives'' et ''contestables'', a réagi le ministre de la Justice. Cheikh Tidiane Sy dit refuser de se laisser ''enfermer'' dans des argumentaires ''pseudo-scientifiques''.

Que le second tour de la présidentielle soit maintenu, malgré la suppression ''quart bloquant'', constitue le plus important dans ce débat, selon le député Abdoulaye Babou. ''Si au sortir de cette salle'' de l'Assemblée nationale, le 2-ème tour est maintenu, la ''crédibilité'' de la démocratie sénégalaise est sauve, a-t-il indiqué.

Par le maintien du ''quart bloquant'', il ne faut pas permettre aux ''gens qui ne sont pas citoyens de bloquer la marche de la République'', a souligné Babacar Gaye (PDS), faisant référence au potentiel d'inscrits sur les listes électorales qui n'iront pas voter.

Reprenant sensiblement la même idée, le député Mbaye Ndiaye de la formation libérale s'interroge : faut-il récompenser la ''passivité'' au profit de ''l'action'', opposant ainsi ceux qui ne se déplaceront pas pour voter et ceux qui exprimeront leurs suffrages le 25 février prochain?

Articles les plus consultés