samedi 20 janvier 2007

Répression sanglante en Guinée: 17 tués, appels au départ du président Conté



CONAKRY (AFP)-Dix-sept manifestants ont été tués lundi par les forces de l'ordre en Guinée, dont treize dans la banlieue de Conakry, dans les affrontements les plus meurtriers depuis le début, le 10 janvier, d'un mouvement de contestation appelant au départ du président Lansana Conté.


Et lundi soir, plusieurs leaders syndicaux, dont les chefs des deux centrales à l'origine du mouvement, ont été arrêtés par des membres de la garde présidentielle à Conakry.

Dans le même temps, la violence de la répression suscitait de nombreuses inquiétudes au sein de la communauté internationale, le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-moon déplorant notamment l'usage "excessif" de la force.

Vingt-sept personnes sont mortes en 13 jours dans les violences qui accompagnent une grève illimitée, organisée par les syndicats et les partis d'opposition.

Le mouvement entendait, à l'origine, dénoncer la corruption et l'ingérence dans les affaires judiciaires du président Conté, 72 ans et affaibli par la maladie, mais s'est progressivement radicalisé devant l'intransigeance du pouvoir.

Treize personnes ont été tuées et au moins 30 blessées par balles dans différents quartiers de la banlieue de la capitale Conakry, selon un responsable de l'hôpital Donka, un des deux plus grands hôpitaux de la capitale.

A Kankan (est), deux manifestants ont été tués et 11 blessés par les forces de l'ordre et à Siguiri, près de Kankan, deux manifestants ont été tués et huit blessés, a indiqué à l'AFP M. Mamadi Condé, secrétaire-général de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) dans la région de Kankan.

Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes à Pita (centre), Dabola (centre) et Telemele (nord).

A Conakry, un journaliste de l'AFP a vu des militaires et des policiers anti-émeutes tirer à balles réelles sur les manifestants, principalement de jeunes hommes de moins de 30 ans, qui exigent dorénavant la démission du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 23 ans.

"A bas la dictature!", "Nous sommes prêts à mourir pour le changement!", scandaient les manifestants dans la banlieue de la capitale, où toute activité avait cessé comme dans l'ensemble du pays.

En début de soirée, le calme régnait à Conakry, où de nombreux policiers et militaires en armes continuaient à patrouiller, ainsi qu'à l'intérieur du pays.

Après la répression policière de la journée, le pouvoir a arrêté dans la soirée les principaux leaders syndicaux.

"Plusieurs chefs syndicaux, dont Rabioule Sérah Diallo, secrétaire-général de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et Ibrahima Fofana, secrétaire-général de l'USTG, ont été arrêtés ce (lundi) soir à la Bourse du travail", a déclaré à l'AFP Ousmane Diallo, de l'USTG.

"Ils ont été interpellés par les +bérêts rouges+ de la garde présidentielle et ont été conduits vers une destination inconnue", a indiqué M. Diallo, qui a assisté à l'interpellation du groupe mais qui n'a pas été en mesure de préciser le nombre de syndicalistes arrêtés.

"Il faut libérer les syndicalistes, sinon la Guinée, debout, risque de tomber sur (le président) Conté", a estimé Jean-Marie Doré, responsable de l'Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), un des principaux partis d'opposition.

Le secrétaire-général de l'ONU s'est pour sa part déclaré "gravement préoccupé par l'usage excessif de la force qui a résulté en des pertes en vies humaines".

La Commission européenne a condamné "les violentes interventions des forces de l'ordre" a laissé entendre que ces violences pourraient entraîner un gel de fonds européens. Le Maroc a également lancé un appel au calme.

Articles les plus consultés