vendredi 27 avril 2007

DROITS DE L'HOMME EN FRANCE:"Où nous mène la politique d’expulsion massive?"

Arrivera-t-on à endiguer la dégradation progressive des libertés et droits individuels ? Arrivera-t-on à préserver les héritages juridiques d’un Temps où les Hommes voulaient construire une civilisation du "Vivre Ensemble" et de la Solidarité ? Arrivera-t-on à résister contre la déferlante culturelle de la compétition, de la concurrence, de l’efficacité sans conscience, de la rentabilité financière suprême, de la responsabilisation individuelle de son destin déconnecté du contexte social et politique ? Nous ne sommes pas encore au milieu de l’orage, mais il grossit à l’horizon.

Les mutations sociales, politiques, économiques et techniques de ces dernières décennies rendent les infrastructures et les superstructures de l’ancien ordre mondial incohérentes et inadaptées. Tout est à réinventer et tout se réinvente au jour le jour : les solidarités, l’organisation sociale, le partage des richesses et du pouvoir, la structuration politique... Ce constat fait peur pour les uns et ouvre des perspectives nouvelles pour les autres. C’est ainsi que nous avons observé en Europe un repli identitaire fort, répondant à la déstabilisation induite par cette mutation que l’on appelle mondialisation.

La France n’y échappe pas : avec le récent débat mélant immigration et identité nationale, avec la pénétration des thèses de l’extrême droite dans les partis de droite mais aussi de gauche. Mais aussi et surtout, avec la politique du chiffre. Cette politique vise à reconduire à la frontière un nombre toujours croissant d’étrangers et toute l’action publique en la matière est orientée par cet objectif : virer les "pas-d’chez-nous-illégaux-qui-pillent-not’sécu-et-tout-ça".

Ainsi, le curseur de la légalité se déplace pour multiplier les irréguliers expulsables, les droits fondamentaux deviennent inaccessibles, l’administration devient procédurière et déshumanisée, la police se compromet dans des actions contraires à son code de déonthologie.

Sachant que le nombre de sans papier est évalué à 300 000, que pour expulser, en 2006, 26 000 étrangers, les préfectures et la police n’ont pas hésité à boucler des quartiers, à pratiquer des contrôles par nationalité et organiser des expulsions collectives, à procéder à des interventions musclées devant les écoles, à exiger des foyers d’hébergement la liste de leurs résidents étrangers pour venir les chercher de bon matin manu militari, à abuser de la crédulité et du civisme des gens par des convocations pièges, à intimider et à poursuivre les militants de la solidarité, à expulser des demandeurs d’asile déboutés quitte à ce qu’ils se fassent assassinés à leur arrivée, etc.

Si pour atteindre 26 000 expulsions en un an, la République s’est autant défigurée, que va -t-elle devenir pour atteindre 30 000, puis 50 000 voire 100 000 expulsions par an ? Va-t-on créer une distinction visible à porter obligatoirement comme l’étoile jaune en 1940 ? Des lignes aériennes spéciales avec des avions de Fret pour contenir plus d’expulsés ? Des centres de rétention géants aux conditions d’hygiènes minimalistes

Bien sûr il ne faut pas crier au loup inutilement, mais posons nous la question : où nous mène cette politique ? Et si cette logique s’arrête au point où elle est arrivée, c’est à dire à 26 000 expulsions par an, à quoi sert-elle ? Car elle est inefficace au regard de l’objectif annoncé : 26 000 sorties, c’est juste un peu plus que les entrées, ce qui n’a aucun effet notoire sur la masse de sans papier présents. Alors pourquoi ? Pourquoi autant de brutalité ? Pourquoi faire autant peur ? Pourquoi stigmatiser et diaboliser les étrangers ? Pourquoi faire mourir le droit au profit de l’arbitraire ? Pourquoi défigurer ainsi la civilisation des Droits de l’Homme ? Pourquoi réveiller chez nos concitoyens la haine, sinon la suspicion de l’étranger

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