mardi 17 avril 2007

Pour une lecture critique du syndicalisme : Quel syndicalisme enseignant pour demain ? - Par Mbaye NDIAYE




L’année scolaire 2003-2006 a été marquée par une lutte de longue haleine des syndicats d’enseignants mobilisés dans le cadre du Cusems (Cadre unitaire des syndicats de l’enseignement moyen-secondaire) qui a abouti à l’octroi d’une indemnité hiérarchisée de recherche et de documentation, principalement aux professeurs des collèges et lycées et des établissements de même niveau.


Les accords entre ces syndicats et le gouvernement ont permis une certaine accalmie sur le front scolaire. Mais, les syndicats membres de l’intersyndicale réunifiée ont, pour leur part, déposé aussi une plate-forme et ont observé une grève d’avertissement de 72 heures renouvelables au mois de mars 2007.


On constate, malgré les récriminations des uns et des autres, une certaine rivalité et des attitudes concurrentes. Ne faut-il pas observer une trêve syndicale et opérer une introspection profonde pour analyser nos pratiques syndicales en cours et ensemble faire une restructuration du paysage syndical enseignant pour une plus grande efficacité.


En effet, lors du colloque organisé les 20 et 21 avril 2006, à la Maison de la Culture Douta Seck à Dakar, à l’occasion du 30e anniversaire du Sudes, les échanges avaient mis en relief les luttes héroïques menées par les syndicats d’enseignants dans des contextes difficiles. En effet, les motivations idéologiques de l’époque avec une forte politisation des enseignants, le rôle des syndicats dans le combat pour le multipartisme et les libertés démocratiques étaient des facteurs essentiels pour comprendre leur combativité.


Ainsi, les syndicats d’enseignants constituaient les maillons essentiels des centrales comme l’Unts, qui sera dissoute après la fameuse grève de Mai 1968. De 1976 à 2006, le Sudes a joué aussi un rôle essentiel dans la lutte pour l’avènement des libertés démocratiques et l’amélioration significative des conditions d’existence des masses enseignantes.


En examinant l’échiquier syndical enseignant actuel, on constate un émiettement réel et inquiétant avec une multiplication des sigles. On note plus d’une vingtaine de syndicats dans l’enseignement tous ordres confondus. Cette situation interpelle les enseignants, car s’il n’est pas question de revenir à un syndicat unique qui ne correspond pas à l’air du temps marqué par le pluralisme, certaines organisations peuvent se fédérer et fusionner dans un même cadre, s’ils sont présents dans un même ordre d’enseignement. Une telle réorganisation ne sera envisageable que si les enseignants se dotent de leaders capables de réfléchir sur le long terme et évitent les pièges du syndicalisme alimentaire que l’Etat a pu tendre à ses interlocuteurs syndicalistes comme les parcelles avec les coopératives d’habitats, les mirages de la cogestion avec la représentation dans certains conseils d’administration, etc.


En somme, il faut un réel réajustement syndical qui doit se traduire par un rajeunissement des hommes qui passe par la neutralisation des apparatchiks qui n’ont plus d’ambitions pour leur organisation, mais pour eux-mêmes, la limitation des mandats dans les différents bureaux nationaux, le refus de tout cumul entre les fonctions de membres du bureau national et de présidence des coopératives d’habitats ou de mutuelle de santé. Il faut, bien évidemment, une reprise en main de ces organisations par les enseignants. Nous pensons, à travers ces lignes, exprimer notre expérience du monde syndical dans lequel nous évoluons depuis bientôt deux décennies. Nous pensons que les syndicats doivent demeurer des instruments de lutte au service exclusif des travailleurs en général et des enseignants, en particulier.


Par Mbaye NDIAYE
Professeur d’Histoire et de Géographie
Lycée Limoulaye de Guédiawaye
Membre de la Ca du Sudes

Articles les plus consultés