vendredi 14 décembre 2007

Boris Diop : ''j'écris en langue nationale avec la volonté de résoudre les problèmes sociaux''

Dakar, 14 déc (APS) - Boubacar Boris Diop a justifié son ''choix douloureux, difficile'' d'écrire en wolof par le positionnement ''presque politique'' que procure cette perspective à certains écrivains comme lui qui ont ''la volonté de résoudre les problèmes sociaux''.


''Nous écrivons des romans dont parlent les médias. Nous pourrions nous en contenter mais avec un minimum de lucidité nous nous rendons compte que cela tourne en rond, que c'est dérisoire, que c'est une imposture. Vous ne parlez à personne et surtout vous ne parlez pas à votre propre peuple. Que faut-il faire ? Le grand écueil est là'', a indiqué Boris Diop

''En me confrontant à cette problématique, je me suis dit : +j'écris des livres, ça marche plus ou moins, mais dois-je m'en contenter ? Ne pourrais-je pas être plus ambitieux ?+'', a-t-il ajouté dans une interview parue sur le site Internet de la revue spécialisée Africultures.

Selon l'auteur de ''Doomi Golo (Dakar, Papyrus 2003), ''en décidant d'écrire dans ma langue maternelle, j'ai un positionnement qui est presque politique au sens où il s'inscrit par rapport à un positionnement dans l'histoire''.

''Dans les pays qui connaissent une sorte de désastre politique, certains écrivains ont la volonté de résoudre les problèmes sociaux. Je fais partie de ceux-là : en tant qu'individu, je suis en rapport avec la société, cette société est confrontée à des difficultés, alors j'essaye de changer les choses à mon niveau'', a soutenu l'auteur.

''Les auteurs africains qui écrivent en français appartiennent à une élite coupée de la population. En Afrique, persiste l'idée que l'on fait de l'art pour l'art, que l'on écrit pour la beauté du style, pour le caractère émouvant du récit et cela joue évidemment un certain rôle. Arrive alors le moment où l'on finit par avoir l'impression de prêcher dans le désert'', a-t-il analysé.

''J'ai fait, a relevé Boubacar Boris Diop, le choix douloureux, difficile, ambigu, d'écrire dans ma langue. Dans l'immédiat, je sais que c'est beaucoup plus compliqué et moins gratifiant même aux yeux de mon propre public que d'écrire en français, mais par rapport à l'Histoire, je sais que c'est cela qui est important''.

Ainsi, a-t-il précisé, ''la question de la langue se pose avec plus d'acuité et de manière plus douloureuse chez les auteurs francophones que chez les auteurs anglophones au sud du Sahara'', notamment en raison du fait que ''la colonisation française a été violemment assimilationniste''.

''Dans la sphère francophone, c'est beaucoup plus valorisant lorsqu'on appartient aux élites intellectuelles, avec ce que cela suppose comme aliénation, d'utiliser la langue française. On s'y repaît du matin au soir des Hugo, Montesquieu, Vigny et autres. C'est assez exceptionnel que les gens écrivent à la fois dans leur langue et en français. Le système ne l'encourage pas'', a souligné Boubacar Boris Diop.

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