lundi 18 février 2008

LEADERSHIP FEMININ AU SENEGAL: Mme Jeanne LOPIS SYLLA, ANCP « Notre société doit être mise aux normes »

Madame Jeanne LOPIS-SYLLA
Chef du laboratoire de Linguistique de
l'Institut fondamentale d'Afrique noire (IFAN) et
Coordonnatrice nationale adjointe de l'ANCP


« Ethique et qualité dans l'action publique », pour­quoi le choix d'un tel thème pour un dîner-débat de l'ANCP ?
Une des missions de l'ANCP est d'or­ganiser une réflexion planifiée en fonction des urgences définies par le parti et de contribuer à en nourrir ses actions, tout en participant au débat intellectuel national. Cette contribution à la réflexion doit être de qualité, d'une part sur des questions liées aux priori­tés du développement national, d'autre part sur le projet de société de l'AFP ainsi que les programmes qui en résul­tent.

Les concepts d'éthique et de morale constituent les fondements de la créa­tion même de notre parti qui a décidé de « faire de la politique autrement », dans une démarche en rupture avec ce que connaissaient les Sénégalais jusqu'en 1999. En outre, l'ANCP regorge de compé­tences. Quoi de plus naturel que d'en faire profiter non seulement les camarades de parti, mais encore leurs concitoyens. Notre camarade et ami Aboubacar Guèye, Directeur général d'une structure conseil de la place, a déjà eu à animer, en 2007, un séminaire sur l'emploi-jeunes, pour mettre en place un marketing-recherche d'emploi ; cela permet aux jeunes d'appliquer une démarche qualité à leur propre candidature et d'être plus en phase avec les exigences actuelles de l'entreprise. Il faut faire pren­dre conscience aux Sénégalais de la néces­sité d'épouser de nouveaux comporte­ments.

LANCP est une structure de l'AFP qui aspire à la gestion de l'Etat, qu'est ce qui est fait ou est en train d'être fait pour que ces concepts conditionnent l'action du parti ?

L'ANCP est une structure affiliée à l'AFP, dont les membres sont des responsables et des militants à la base de l'AFP, sur l'en­semble du territoire national. Je pense que, de la même manière que l'on fait prendre conscience, aujourd'hui, de la nécessité de la dimension et de l'approche genre dans la gestion de la chose publique, la démarche qualité doit être inculquée à chacun et à tous. Et c'est là une des missions du Centre de Formation et de Documentation mis en place par l'AFP et dirigé avec beaucoup d'engagement par notre ami Mamadou Sarr.

Il s'agit, comme l'a si bien montré l'un des conférenciers, notre compatriote Ababacar Mbengue, Professeur à l'Université de Reims, en France, d'informer, de former et de transformer en « enclenchant une démarche de changement », pour amener les différents acteurs à la « culture de la qualité et de l'éthique », voire du culte de la qualité et de l'éthique, grâce à la concerta­tion.

Quelle est la démarche qua­lité que vous proposez à l'is­sue de vos débats pour redresser la barre ?
Un des conférenciers a effectivement relevé que l'action publique se trouve entravée par des pratiques qui bafouent tous les princi­pes de la bonne gouvernance. Il s'agit, par exemple des agressions répétées contre les institutions, des choix partisans, du trans­fert des pouvoirs de certains ministères à des agences créées pour être logées à la Présidence de la République ; ces pratiques ne se conforment pas aux règles, aux normes pour assurer l'efficacité de l'action publique, pour une égalité des chances donnée à l'ensemble des citoyens. Il n'est pas acceptable, que l'informel puisse s'installer au sein de l'Etat, au cœur de l'action publique.
Qu'est ce qui explique ce dynamisme actuel de l'ANCP ?

Le dynamisme de l'ANCP n'est pas nouveau. Je vous ai dit, au début de notre entretien, que l'ANCP avait l'habitude d'organiser plusieurs ren­contres et sur différents thèmes prio­ritaires pour le Sénégal. Les Journées d'Analyse et de Prospective doivent être une ren­contre annuelle réunissant comme les 19 et 20 janvier 2008, toutes les catégories de la société sénégalaise : politique, société civile, syndicat, universitaires, monde rural..., qui, après l'état des lieux, réfléchissent ensemble sur les solutions aux maux qui frappent les Sénégalais.

Evidemment, c'est là une démarche peu habituelle aux partis politiques, c'est-à-dire de privilégier des moments de réflexion participative ouverts à toutes les forces vives de la société, pour mettre en avant l'intérêt général, sans arrière-pensée politi­cienne ou électoraliste. Il est bon, ici, de rappeler que notre Secrétaire général, parti­cipe pleinement à tous nos travaux, de par son expertise.

La force de la conviction entraîne nécessai­rement le dynamisme. Et le Coordonnateur national, Alioune Sarr, est en première ligne et s'efforce de pérenniser cet esprit participatif qui a conduit à ce travail de réflexion sur la qualité. D'ailleurs, on entend beaucoup parler de la qualité ces jours-ci, ou de faire de la politi­que autrement...

Alors, je me dis si l'AFP réussit à faire par­ler de la qualité à tous les autres, y compris les gouvernants, c'est gagné !

Propos recueillis par Nandiaye THIOBANE
16 * NOUVEL HORIZON N° 6O9 DU 08 AU 14 fevrier 20O8

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