samedi 15 mars 2008

ELECTIONS AU SENEGAL:"La tenue d’élections libres et transparentes dans le respect du calendrier : le devoir le plus sain de tout chef d’Etat démocrate " - Par Me Jacques BAUDIN

Alors qu'il joue au «M. bons-Offices» un peu partout en Afrique, et aujourd'hui au Tchad, le Président de la République, en faisant reporter les élections locales d'un an, joue avec le feu dans son propre pays et renie ainsi son engagement pris, de concert avec les autres chefs d'Etats en juillet 2002, à Durban, où l'Union africaine fut portée sur les fonds baptismaux.

En effet, à Durban, les chefs d'Etat présents se sont engagés à faire, ce qu'ils appelaient eux-mêmes «un saut qualitatif» impliquant pour l'ensemble du continent, des élections libres et honnêtes, le renoncement à toute corruption lors des prochains scrutins, le libre accès aux médias publics et la libre circulation des partis politiques en période de campagne électorale. Le Sénégal d'aujourd'hui est malheureusement devenu un triste cas de figure du non-respect de la parole donnée.

La situation au Tchad et au Kenya aujourd'hui, comme celle au Togo hier, prouve, hélas, qu'il ne suffit pas de remplacer un sigle par un autre pour, d'un coup de baguette magique, effacer certaines mauvaises habitudes et amener ceux qui, hier, bafouaient la démocratie et refusaient des élections libres et transparentes, à les respecter aujourd'hui. On doit même constater, tout en le déplorant profondément, qu'en ce qui concerne le Sénégal, il y a un réel recul de la démocratie à laquelle le pouvoir vient de porter un autre coup par le non-respect du calendrier électoral et par la transformation du sommet de l'OCI en campagne électorale permanente, soutenue par des fonds dont le montant nous donne le vertige. 

L'Union africaine en tant que telle, plutôt que des bonnes volontés individuelles, doit pouvoir agir afin d'éviter des agissements de la part de nos gouvernants, qui entraînent des contestations et mènent, à terme, à des affrontements sanglants entre partisans des uns et des autres.

Afin d'éviter les conflits, il faut impérativement inscrire dans la Charte de l'Union africaine l'obligation du dialogue et de la concertation entre tous les acteurs de la vie politique, majorité et opposition, pour tout ce qui concerne le processus électoral : la fixation du calendrier, la préparation et le déroulement proprement dit du scrutin. Il faut également assurer le libre accès aux médias publics et aborder le problème de la presse en général. C'est pourquoi nous plaidons en faveur de la mise en place d'une Convention de la presse, qui viserait la protection du journaliste contre les procès arbitraires et son emprisonnement préventif, mais aussi la protection des citoyens contre la diffamation. Il faut donc à la fois définir un cadre déontologique pour le journaliste et un cadre juridique qui le protège de toute forme d'abus. Un comité composé notamment de journalistes et de juristes devrait être mis sur pied au sein de l'Union africaine.

Seuls des dispositifs contraignants inscrits dans la Charte de l'UA nous mettent à l'abri des abus de certains de nos gouvernants.

Nous comptons sur le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, grand défenseur des principes de la démocratie ailleurs que chez lui, pour qu'il en prenne l'initiative afin de convaincre les Africains, et les Sénégalais bien entendu, qu'il s'attache profondément à la démocratie, parce qu'en définitive, l'amour de la démocratie est l'amour de l'égalité et qu'un Etat policé ne saurait exister là où l'on foule du pied l'égalité des citoyens.

Ceci mettra définitivement notre pays à l'abri de l'arbitraire en matière de calendrier électoral, dont nous sommes devenus coutumiers depuis l'avènement de l'alternance.

 
 
Me Jacques BAUDIN 
Secrétaire national du Ps
aux Relations extérieures et à l'Intégration africaine

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