mardi 25 mars 2008

ELECTIONS SENEGAL 2008: "Les motifs cachés du report des Locales"

Chassez le naturel, il revient toujours au galop : la preuve est ainsi faite qu'avec ce deuxième report des locales, accréditant les multiples violations flagrantes de la souveraineté du peuple, le pouvoir libéral ne s'embarrasse guère d'utiliser l'arme de la modification récurrente des règles du jeu comme instrument de conservation du pouvoir. Nous nous trouvons alors aux antipodes de la démocratie, celle là qui s'identifie , non pas à de la phraséologie, mais à une praxis qui consiste à poser quotidiennement des actes dans le sens du respect de la volonté populaire, notamment, le respect impératif des échéances électorales. Le respect des termes échus, périodes pendant lesquelles le peuple périodiquement doit se déterminer, compte -tenu qu'il ne confie sa souveraineté qu'une partie du temps, constitue une exigence démocratique absolue ; le contraire conduirait à du césarisme démocratique, à une occupation délibérée d'un territoire étranger. Aujourd'hui, c'est un paradoxe au Sénégal d'observer, que ceux qui sont arrivés au pouvoir par la voie démocratique, en sont les propres fossoyeurs au moyen de la reconversion vers une attitude antidémocratique d'instrumentation en permanence des agendas électoraux et de manipulation du code électoral. Le pouvoir, pour ceux qui méconnaissent ses secrets en voulant l'exercer par des moyens illégitimes, ne profite jamais à ses adeptes, ceux là éphémères qui essaient de se substituer au peuple impérissable, si bien qu'il faille l'abandonner avant qu'il ne vous abandonne, au risque de créer l'irréparable, le cas échéant. La seule raison valable de demeurer au pouvoir, c'est de recevoir la confiance du peuple à date convenue, car tout est question de date pour la destinée naturelle. Combien de fois furent repoussées sous l'invocation de prétextes fallacieux des élections ? Combien de fois des Lois sur la matière électorale et sur d'autres matières furent bafouées ? On ne peut pas tromper une chèvre en lui faisant croire qu'une calebasse vide est pleine, sauf, si on considère qu'on est en présence de moutons ! Le Général de Gaule, à une certaine époque de l'histoire de la France qualifiait les Français de bœufs, toutefois, par cette adresse, le Général en grand patriote, voulait exhorter pédagogiquement les Français à faire des pas de géants de sorte qu'il heurta les consciences avec une telle affirmation, mais qui aime bien, châtie. Au Sénégal, cependant, on essaie toujours de tromper tout le temps, de raconter des balivernes. A qui veut-on faire croire que le report des élections locales se justifie ? Qu'est-ce qui empêcherait l'organisation d'élections partielles dans les nouvelles régions créées. A qui la faute ? Si l'on sait bien que gouverner c'est prévoir, certainement pas à la nature.

Les libéraux, instrument des actes archaïques de l'époque médiévale d'un pouvoir inquisitorial au summum de l'hérésie, non pas comme dans un régime relevant d'un despotisme éclairé, mais, pire encore, comme dans un pouvoir seigneurial divin. Nous nous situons alors dans la déraison des Lois n'obéissant plus aux principes de droit cohérents, rationnels et intrinsèques, dans le domaine de l'élaboration de lois hasardeuses, particulières et incongrues dont les principes directeurs sont corrompus et l'esprit d'égalité se perd et cesse d'être une vertu. Telle est aujourd'hui la nature du régime libéral dont les caractéristiques s'écartent bien évidemment des principes de base qui doivent guider l'élaboration de lois avec le recours systématique à des reports d'élections, de surcroît, aux termes échus, violant ainsi les dispositions de la Cedeao interdisant de toucher à la Loi électorale 6 mois avant la tenue des élections.

Au demeurant, la tenue d'élections locales au mois de mai 2008 ferait suite à l'organisation des élections législatives couplées, découplées puis boycottées majoritairement au mois de mai 2007, après la tenue d'une présidentielle contestée en février 2007. Or, les locales ne sont pas des élections de même nature que les présidentielles ou les législatives dans la mesure où le transfert de militants est pratiquement impossible pour les locales, au risque de créer des batailles de trachées, dès lors que le code électoral expressément fait obligation à l'électeur de résider dans la collectivité de son lieu de vote. Le drame, en est que, dans la refonte totale du fichier électoral, on permet au Sénégalais de choisir son lieu de vote, quelque soit le lieu, alors que la disposition pertinente du code électoral annule cette liberté pour les locales par l'entremise du lien de lieu de résidence, annihilant du coup les possibilités de transfert occulte et non occulte d'électeurs. C'est dire que les possibilités de fraude seraient minimisées avec les locales accréditant l'idée que les libéraux ne pourront pas s'accommoder d'une bataille à armes égales pour les consultations électorales justifiant le nouveau report des élections. L'échappatoire, cependant, n'est-elle pas pire au regard de la mal gouvernance locale et nationale ainsi les crises multiformes, politiques, économiques et sociales qui s'accentuent ?

Nous espérons que la disposition pertinente du code électoral relative à l'obligation de résidence pour les locales ne sera pas abrogée d'ici là, même si l'on considère que l'habitude est une seconde nature

 
Kadialy GASSAMA
Economiste Rue Faidherbe x Pierre Verger
Rufisque (Sénégal)

 

 

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