mardi 15 avril 2008

Où va l'école sénégalaise ....

"Plaidoyer pour les Assises nationales sur l'école :
Entre enjeux et paradigme de dialogue social ?"

Le sort réservé aux conclusions des Etats généraux de l'éducation et de la formation de 1981, la mise en œuvre récente d'une nouvelle réforme de l'éducation (Pdef) peuvent amener certaines personnes non averties sur les enjeux de cette Réforme, à demeurer sceptiques quand à la pertinence ou à l'opportunité de telles Assises nationales sur l'Education pour sortir l'Ecole de l'ornière. Mais au-delà des enjeux que charrie le contexte d'une économie néo-libérale mondialisée qui a un gros appétit pour l'Ecole, enjeux qu'il importe de maîtriser et de partager, la concertation nationale sur l'Ecole à travers des Assises nationales, s'avère aujourd'hui un paradigme de dialogue social et de bonne gouvernance scolaire. A l'évidence, l'Ecole est bloquée dans son fonctionnement, malade de sa gestion et dévoyée dans la vision, d'où la nécessité d'un sursaut national. C'est cela qui motive la quête permanente des syndicats d'enseignants d'une caution sociale de ce que doit être, de ce que doit faire l'Ecole, l'Enseignant. Cette légitimité sociale a toujours fait défaut à notre Ecole.

L'analyse de la situation scolaire, des crises cycliques qui traversent le système depuis 2005, révèle trois sources majeures qui agrégent la plupart des problèmes : il s'agit principalement de la Réforme néo-libérale des systèmes éducatifs en cours dans le monde et suggérée subrepticement dans les conférences mondiales sur l'Education (Jomtien 1990, Dakar 2000) avec la bénédiction des officines internationales (Bm, Fmi, Omc, Ocde). Au Sénégal, le Programme décennal de l'éducation et de la formation (Pdef), en gestation depuis 1998 suite aux engagements de la communauté internationale en faveur de la décennie de l'éducation à Jomtien, découle de cette Conférence et a été présenté contre toute attente aux bailleurs par le régime libéral qui venait d'arriver, pour validation, en mai 2000.

Cette réforme vitrine stéréotypée dans tous les pays en développement (Pddeb au Burkina, Pddse au Niger, etc.) et pour laquelle nos techniciens de l'Education à leur corps défendant, réclament à tort la paternité, en oubliant seulement qu'ils n'ont fait que remplir un cahier de charge dont l'origine de la commande les échappe, est peu ambitieuse pour le développement de notre pays. Elle est élitiste : l'élémentaire pour tous alors que le secondaire, le supérieur, le technique et le professionnel, socles des compétences sont considérés comme des stades de luxe, réservés à ceux qui ont les moyens : l'éducation de qualité doit se payer selon cette philosophie néo-libérale ; elle est utilitariste donc exclusiviste ; elle prône l'économie à partir des coûts unitaires sur le dos de l'enseignant à peine réduit à un forçat. Cette réforme est donc la matrice de toutes les turbulences constatées dans le secteur. Les conditions de travail extrêmement difficiles de cette nouvelle génération d'enseignants appelés à dessein corps émergents (Ve, Vac) parce que non répertoriés dans la nomenclature des professions des Fonctions publiques, constituent le lit de la plupart de ces crises.

La deuxième source, c'est l'absence de bonne gouvernance scolaire à tous les échelons (Etablissements, services déconcentrés, services centraux). Aujourd'hui, il faut craindre le pis-aller avec l'entrée en scène dans la contestation du corps de contrôle et d'encadrement.

La troisième source provient de la détérioration des relations partenariales entre le gouvernement et les syndicats autonomes d'enseignants et de l'absence de dialogue social permanent entre différents partenaires. En outre, il n'est pas superflu dans le cadre de ce plaidoyer pour les Assises de rappeler un principe sacro-saint de fonctionnement de la République qui consiste à gouverner par le peuple et pour le peuple. Ce principe rapporté aux politiques sectorielles comme celui du secteur sensible et stratégique de l'Education, fait de la concertation sociale un viatique. Il a fallu à la France un Débat national sur l'Ecole de toutes les composantes de la société en 2003 pour réorienter et stabiliser son système. En effet, il y a un lien dialectique entre Ecole et Société ; cette dernière secrète son Ecole et en retour, l'Ecole doit accompagner la Société dans sa trajectoire en répondant aux besoins de développement économique et social. Sous ce rapport, à la lumière de l'inadéquation Formation/Marché du travail, une des tares de notre système et au regard des déperditions scolaires, de la non prise en compte par l'Ecole de nombreux secteurs à fort potentiel de développement, la concertation nationale pour réconcilier l'Ecole et la Société est devenue une exigence des temps modernes.

Les hésitations, les tergiversations du gouvernement pour convoquer ces Assises jurent d'avec l'esprit républicain et une telle posture est d'autant plus incompréhensible que c'est là un exercice ordinaire de gouvernance et de pilotage qui devrait advenir périodiquement, au cours de l'évolution normale de l'institution scolaire, le temps d'une génération tout au moins.

L'immobilisme et l'option du gouvernement pour le pourrissement, l'attentisme des parents face à l'impasse dans laquelle se trouve le système éducatif dans son ensemble sont suicidaires pour l'école publique et pour la jeunesse de ce pays. Le gouvernement doit mesurer la gravité de la situation, se ressaisir au plus vite et fixer une date pour ces Assises.

Pour ce faire, le chef de l'Etat doit monter en première ligne en prenant un décret nommant une personnalité compétente, crédible, devant coordonner tout cela ainsi que les membres de la commission devant élaborer les termes de référence. Les groupes thématiques pourraient être alors constitués pour commencer la réflexion préalable devant déboucher sur des projets à soumettre à la plénière des Assises.

Mobilisons-nous tous pour la tenue d'Assises Nationales sur l'Ecole !

Vive une Ecole nationale démocratique populaire au service du Développement !

Par Waly Ndiaye,
Coordonnateur des revendications
- Sudes -

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