dimanche 11 mai 2008

Aide au développement les vérités de Wade qui dérangent

La déclaration du président de la République du 04 mai 2008 suscite encore de nombreux commentaires. La partie de son discours qui semble retenir le plus d'attention, est relative aux réserves émises par le Président Wade sur l'efficacité de l'action de certaines Ong sur le terrain.

Quel que soit l'angle d'approche des critiques du chef de l'Etat sur les Ong, force est de reconnaître que les critiques des pratiques nébuleuses de certaines Ong ne datent pas d'aujourd'hui. Certainement, lorsque ces critiques proviennent d'un chef d'Etat, l'effet amplificateur est plus important. Néanmoins, il faut reconnaître la justesse des critiques du chef de l'Etat,, lorsqu'il souligne que «ce scénario d'exploitation de la fibre altruiste des populations du Nord et du thème de la misère de celles du Sud ou des distributeurs attitrés de l'aide ou improvisés pour les besoins d'intense lobbying de haut niveau à s'intercaler entre les ressources et les destinataires et commencent d'abord par se servir largement».

Je me souviens d'un séminaire du Dea Géographie pratique du développement dans le Tiers-monde, lorsque les étudiants parlaient de «développeurs», l'un de nos professeurs rectifiait pour parler de «développe-menteurs», excusez- moi du terme !

En effet, l'action de certaines Ong traduit parfaitement la mentalité des courtiers du développement que J. P. Olivier de Sardan et Tierschenk définissent comme «des acteurs sociaux implantés dans une arène locale qui servent d'intermédiaires pour drainer des ressources extérieures que l'on appelle communément l'aide au développement».

Le masque de l'humanitaire ou du développement sert de prétexte à de «pseudo experts» et intermédiaires pour faire aboutir des projets personnels. L'analyse de certaines pratiques de ces Ong montre que l'on s'éloigne de la philosophie du développement : projets ficelés sans une implication des populations bénéficiaires, absence de suivi-évaluation, surcoût du budget de fonctionnement, séminaires onéreux dans des hôtels de luxe etc. Qui plus est, la concurrence entre Ong, intervenant dans une même zone et dans des programmes similaires, tourne parfois à l'absurde. Plus grave, on assiste à un télescopage des actions désordonnées de ces Ong qui ont tendance à court-circuiter, voire à occulter le travail des services étatiques sur le terrain, faute de coordination et de concertation. La cristallisation des intérêts, l'absence de prise en compte des besoins des populations, le détournement d'objectifs révèlent les limites de cette action de «développement».

Nous pensons qu'il faut regarder dans le propos du chef de l'Etat, non pas un procès d'intention à l'égard des Ong, mais une occasion de repenser l'aide au développement et la vision de l'humanitaire pour une plus grande transparence, voire une bonne gouvernance. En effet, les difficultés conjoncturelles de populations ne sauraient servir de tremplin pour les adeptes du gain facile, afin que s'enrichir à travers le masque de l'humanitaire ou l'aide au développement.

Et par rapport à l'aide, nous devons reconnaître au chef de l'Etat d'avoir été constant ; une constance qu'il a exprimée dans son ouvrage Un destin pour l'Afrique, dans lequel il souligne que «l'aide ne doit pas être une simple assistance matérielle par laquelle on fait les choses à notre place, c'est-à-dire, par laquelle on déresponsabilise les Africains».

A l'opposé, les gouvernements des pays concernés et les populations doivent être impliqués à tous les niveaux, car «ce qui se fait pour moi, mais sans moi, n'est pas pour moi».

Enfin, au-delà du chef de l'Etat qu'il est, nous pensons qu'il faut, également, apprécier son discours sous l'angle de l'intellectuel africain qu'il est, avant tout.

 
Par Mamadou KHOUMA Professeur au LEG de Diourbel
DEA Géographie et pratique du développement dans le Tiers-monde de l'Université
Paris X Nanterre Promotion 2000 / mkhouma@hotmail.com

1 DEA Géographie et pratique du Développement, université de Pais X Nanterre 1999/2000
2 Olivbier de Sardan J. P., Bierschenken J, 1993 «les courtiers du développemnt» bulletin de l'APAD, n° 5 pp 71-76

 

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