mardi 20 mai 2008

Violences xénophobes en Afrique du Sud: 13.000 déplacés, Mbeki appelle au calme - Source AFP Il y a 3 heures

JOHANNESBURG (AFP) — Une vague de violences contre les immigrés en Afrique du Sud a forcé au moins 13.000 personnes à fuir les quartiers pauvres de Johannesburg, a indiqué l'Onu mardi, le président sud-africain Thabo Mbeki appelant à mettre fin à cette démonstration "honteuse" de xénophobie.

Les appels à une intervention de l'armée se sont multipliés, bien que la police ait indiqué avoir procédé à environ 300 arrestations depuis le début des attaques le 11 mai dans le township d'Alexandra, mitoyen du quartier financier de Sandton.

L'Office des migrations internationales (OIM) a publié une première évaluation du nombre de déplacés par ces violences, qui se sont étendues à de nombreux bidonvilles de la capitale économique sud-africaine.

"Treize mille personnes ont dû fuir leurs maisons, pour se réfugier dans des églises, des centres paroissiaux, la plupart sans rien emporter avec eux", a déclaré Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'agence onusienne à Genève.

L'explosion de violence, qui a fait plus d'une vingtaine de morts, a mis à mal les ressources de la police dans une ville connue pour sa criminalité parmi les plus élevées du monde.

La situation semblait se calmer mardi, mais la tension restait palpable dans certains bidonvilles où rodaient des foules armées de haches et de machettes et où il y a encore eu plusieurs dizaines de blessés.

"Les citoyens d'autres pays d'Afrique et au-delà sont des êtres humains comme nous et méritent d'être traités avec respect et dignité", a déclaré Mbeki, longtemps exilé dans les pays voisins sous l'apartheid.

Il a souligné que l'Afrique du Sud n'était "pas une île séparée du continent", promettant que la police réagirait "avec les moyens appropriés" contre les auteurs des violences.

Un syndicat important et la Commission des droits de l'Homme sud-africaine ont toutefois jugé indispensable de recourir à l'armée.

"Nous devons examiner si nous sommes au moins prêts à discuter d'un éventuel déploiement de l'armée. Cela semble drastique, mais nous sommes confrontés à une situation explosive, imprévisible et très dévastatrice", a déclaré Jody Kollapen, directeur de la Commission.

"L'Etat devrait déployer l'armée pour contrôler la terrible situation dans laquelle se trouvent des immigrés pauvres et dans une certaine mesure des habitants locaux", a ajouté Oupa Komane, vice-secrétaire général du Syndicat national des mineurs.

Lors d'une visite dans les quartiers les plus affectés, le ministre de la Sécurité, Charles Nqakula, a promis que les policiers "agiraient très sévèrement et de manière précise parce que nous ne voulons pas que cela se propage à d'autres zones".

A Reiger Park, où plusieurs personnes avaient été brûlées vives lundi, un photographe de l'AFP a vu la police tirer des balles en caoutchouc sur quelque 400 personnes munies de machettes et de gourdins.

Dans le centre-ville, la police a dispersé environ 200 Nigérians, identiquement armés, qui menaçaient de se venger sur des Sud-Africains.

Le bilan officiel restait mardi à 22 morts, mais l'agence sud-africaine Sapa a fait état d'un nouveau décès et de nouvelles attaques.

Confrontés à 40% de chômage et 43% de pauvreté, de nombreux Sud-Africains accusent les immigrés de prendre des emplois et d'être responsables de la criminalité, dont les Zimbabwéens, qui ont fui la crise politico-économique dans leur pays et sont estimés à trois millions.

La police a affirmé avoir "une relation de partenariat avec (l'armée): Aussi, si nous ressentons le besoin de faire appel à elle, nous n'hésiterons pas".

Le chef du gouvernement de la province du Gauteng, où se trouve Johannesburg, Mbhazima Shilowa, a salué le déploiement de forces de police supplémentaires. "J'espère que cela contribuera à reprendre le contrôle de la situation sans faire intervenir l'armée", a-t-il dit.

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