jeudi 3 juillet 2008

Adoption par le Parlement européen de la directive «Retour» : Des milliers de Sénégalais de l’Extérieur risquent la prison

La guerre aux migrants fait rage en Europe. En effet, le Parlement européen a adopté, le 18 juin dernier, la directive «Retour» qui vise à harmoniser les règles d'expulsion des sans-papiers. Jusqu'à 18 mois d'internement pour toute personne sans papiers arrêtée par la police dans un pays de l'Union européenne. La guerre aux migrants n'épargne pas non plus les mineurs et les personnes vulnérables sur qui pèsent des menaces de rétention et d'expulsion. Pour corser le tout, toute personne, qui a la malchance d'être expulsée, sera interdite de retour sur l'ensemble du territoire européen ; l'interdiction est valable pour une durée de 5 années.

A l'heure où le débat sur la mondialisation est plus que d'actualité, l'Europe se barricade sans susciter la moindre condamnation, ni le moindre commentaire de la part des pays africains. Dès l'annonce de l'adoption de la directive, le Président du Venezuela, Hugo Chavez, a été l'un des rares chefs d'Etat à exprimer publiquement son indignation face à des mesures qui «foulent du pied» la dignité humaine. Chavez a déclaré publiquement que son pays ne vendrait plus jamais de pétrole à tout pays qui appliquerait ces mesures d'un autre âge. Même si le volume des exportations de pétrole du Venezuela vers les pays de l'Union européenne est faible, le Président Chavez a le mérite de dire aux Européens que c'est hypocrite de vouloir, d'un côté, tirer profit du reste du monde et, de l'autre, instaurer une véritable chasse à l'étranger sur l'ensemble du territoire de l'UE.

Les auteurs d'une telle directive ont fait preuve d'un amateurisme qui met à nu leur totale ignorance des réalités du phénomène des sans-papiers. Si les députés européens espèrent ainsi décourager l'émigration clandestine, ils font fausse route. Ils vont surpeupler leurs prisons pour un résultat négatif. Est-ce que la menace d'une peine de prison de 18 mois peut décourager un homme qui est prêt à risquer sa vie en embarquant dans une pirogue de fortune pour aller à l'assaut de la forteresse de l'Europe ? Non. Appliquer la directive «Retour» aura pour unique résultat la multiplication d'abus et d'exactions de toutes sortes sur les sans-papiers.

Le silence de l'Afrique est incompréhensible. Où sont les ministres chargés des Emigrés ? Où sont les ministres des Affaires Etrangères ? Pourquoi ce mutisme ? Les autorités africaines sont promptes à organiser séminaires et fora pour chercher les voies et moyens de tirer profit des 50 milliards de dollars que les 30 milliards de nos frères età travers le monde, envoient chaque année pour couvrir les dépenses courantes des parents restés au pays. Parmi ces 30 millions de personnes, combien sont sans-papiers en Europe et qui, malgré tout, se sacrifient, acceptent les travaux les plus dévalorisants uniquement dans le but de recevoir un maigre salaire. Une partie de ce salaire de misère est vite envoyée en Afrique pour la prise en charge des besoins essentiels de parents, frères, sœurs, cousins et cousines,… Cette manne des sans-papiers contribue fortement à la lutte contre la pauvreté dans nos pays.

Malgré les sanctions assez sévères qui pèsent sur ceux qui font travailler les sans-papiers, ces derniers trouvent toujours des astuces pour travailler même si c'est au noir. Ils survivent et font vivre des familles. La persistance du travail au noir sur l'ensemble des pays de l'Union européenne prouve, si besoin en était, que ces pays qui se barricadent ont en réalité bien besoin de cette main-d'œuvre bon marché qui ne concurrence nullement les demandeurs d'emplois locaux.

CHASSE A L'HOMME

Oui, les sans-papiers souhaitent rester dans les pays de l'UE parce qu'ils y ont la chance de contribuer à faire vivre leurs familles restées au pays. Les sans-papiers sont pour une part non négligeable dans les 50 milliards de dollars envoyés chaque année par la diaspora sur le continent. Pourquoi donc leur sort n'émeut nullement les pouvoirs publics africains ?

L'Afrique perd chaque année des centaines de ses fils et filles qui, chaque fois que l'occasion se présente, n'hésitent pas à s'entasser dans des pirogues de fortune pour aller à l'assaut des côtes européennes. Même si leurs chances d'arriver vivants sont extrêmement faibles, ils tentent l'aventure. Hélas, de nombreuses âmes de nos frères et sœurs, victimes de l'émigration clandestine, errent sur les côtes européennes. Avec l'adoption, par le Parlement européen, de la directive «Retour», ceux qui, au péril de leur vie, avaient réussi à percer les forteresses de l'Europe, seront comme des bêtes traquées. Au détour d'un contrôle de police, ils risquent d'être arrêtés, jetés dans des geôles pendant 18 mois et expulsés sans aucune autre forme de procès. Des milliers de familles au Sénégal risquent de voir un des leurs faire les frais de cette fameuse directive «Retour». Apparemment, cette terrible perspective n'émeut ni les pouvoirs publics en Afrique, ni les Ong, ni les pseudo associations de défense des droits de l'Homme. Même la presse en Afrique semble insensible à cette directive de la honte adoptée par le Parlement européen. Nos frères et sœurs sans-papiers ne méritent cela. Ils ont besoin de notre solidarité. Les autorités, les Ong, les médias,… doivent, dès à présent, entamer une réflexion pour contrer cette directive.

L'Europe a assez causé de torts à l'Afrique avec la Traite négrière et la colonisation. Même si tous les fils et filles de l'Afrique avaient choisi d'émigrer en Europe, jamais l'Afrique ne pourra récupérer ce que l'Europe lui a pris de force des siècles durant.

L'Afrique n'a pas le droit de continuer à laisser ses enfants à la merci des directives et autres mesures qu'imposent à ses enfants des décideurs européens. Les générations futures ne nous pardonneront jamais d'avoir livré nos frères et sœurs de la diaspora comme chair à canon de la guerre que l'Europe livre sans pitié aux migrants.

Paul MENDY - Journaliste -

 

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