lundi 15 septembre 2008

Poursuites dans l'affaire du Joola: Dakar s'indigne, les familles de victimes disent "bravo"

Il y a 3 jours

DAKAR (AFP) — Les poursuites engagées en France contre neuf responsables sénégalais dans l'enquête sur le naufrage du Joola, qui avait fait plus de 1.800 morts en 2002 au large de la Gambie, sont saluées à Dakar par des bravos de familles de victimes mais farouchement rejetées par le gouvernement.

Une femme discrète, coiffée d'un foulard noué, est réapparue samedi à la Une de plusieurs journaux: Mame Madior Boye, première Sénégalaise à avoir occupé le poste de Premier ministre, jusqu'à ce que le président Abdoulaye Wade la limoge en novembre 2002, cinq semaines après le naufrage.

"La justice française lance la traque contre Mame Madior Boye et Cie", titrait samedi le journal privé Walfadjiri, tandis que Le Quotidien affichait le portrait de Mme Boye sous le mot "wanted".

L'ancien chef du gouvernement est l'objet d'un des neuf mandats d'arrêt internationaux délivrés vendredi en banlieue parisienne par le juge Jean-Wilfrid Noël. Huit autres personnes sont visées: l'ex-ministre des Forces armées Youba Sambou, l'ancien ministre des Transports Youssouf Sahko, ou encore le général Babacar Gaye, ex-chef d'état-major général des armées et actuel commandant de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo.

Il y a bientôt six ans, le 26 septembre 2002, le ferry sénégalais Le Joola avait coulé en quelques minutes, dans l'océan Atlantique au large de la Gambie, alors qu'il reliait Ziguinchor (sud du Sénégal) à Dakar.

Le drame avait fait 1.863 morts et disparus selon le gouvernement sénégalais, 2.133 selon les associations. Parmi eux, 22 Français.

Dans ses premières déclarations après le naufrage, Mme Boye avait soutenu que seule la tempête était en cause. Ce que le président Wade avait ensuite démenti, dénonçant un "cumul de fautes" et la responsabilité "évidente" de l'Etat.

Mais, en août 2003, la justice sénégalaise avait classé "sans suite" le dossier, considérant que le commandant de bord, dont la "responsabilité" était "engagée" dans la surcharge du bateau, était mort dans l'accident.

"J'avais été déçu, j'avais eu honte et j'avais eu très mal", quand la justice sénégalaise "nous avait ainsi fermé la porte", s'est souvenu vendredi Idrissa Diallo, dont les trois fils sont morts dans le naufrage.

Alors, M. Diallo a dit "bravo à la justice française", vendredi, au nom du Collectif de coordination des familles de victimes du Joola qu'il préside.

"Si le juge français fait des investigations, on est preneurs en tant que familles", a également déclaré le Sénégalais Boubacar Ba, président de l'Association nationale des familles des victimes et rescapés du naufrage.

L'acte judiciaire français a, en revanche, été très mal perçu au siège du gouvernement, à Dakar.

Le ministre de la Justice Madické Niang a aussitôt annoncé qu'il allait "engager toutes les voies possibles pour obtenir l'annulation de ces mandats".

"Certes, il y a eu des carences, mais au niveau des personnes qui étaient concernées par des tâches d'exécution, donc le personnel d'exécution", contre lesquels "des sanctions administratives ont été prononcées" au Sénégal, a déclaré le garde des Sceaux.

L'avocat de Mme Boye, Me El Hadj Diouf, indigné, a accusé le juge français de se livrer à une "recolonisation". "Il est impensable, a-t-il dit, de poursuivre un Premier ministre européen pour un accident de la circulation ou de bateau qui se serait produit dans un pays de l'Union européenne".

De son côté, l'écologiste sénégalais Haïdar el-Ali a "salué" la décision du magistrat français. Pour ce plongeur ayant participé aux secours, "la gestion de la catastrophe avait été aussi catastrophique que la catastrophe elle-même".

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