mercredi 20 janvier 2010

Intégration des langues locales : les barrières techniques et linguistiques levées, selon l’UIL +++Envoyée spéciale : Adama Diouf Ly+++

20/01/2010 18:54 GMT

Ouagadougou, 20 jan (APS) – L’utilisation des langues et cultures africaines dans l’éducation pour l’amélioration des apprentissages ne souffre d’aucune barrière technique ou linguistique, a assuré le directeur de l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL), Adama Ouane.


‘’Cela est simple il n’y a plus de problèmes techniques, nous avions la capacité, nous avions les connaissances et les moyens de régler ses problèmes dans tous ses contours’’, a dit M. Ouane à l’ouverture mercredi à Ouagadougou (Burkina Faso) de la conférence sur la thématique.

Il a relevé que ce n’est pas un problème linguistique, encore moins pédagogique avec des expériences concluantes au Burkina Faso, au Malawi et en Ethiopie.

‘’L’utilisation des langues dans l’enseignement devrait être une thématique banale, mais l’Afrique est à ce jour est le seul continent où les enfants rentrent à l’école et apprennent dans une langue étrangère, ce n’est pas quelque chose de nouveau mais cela dure depuis un demi-siècle’’, a assuré Adama Ouane.

Il y a eu des recherches et des expériences et c’est dans ce cadre là que l’Association pour le développement de l’Education en Afrique (ADEA), un forum politique s’est associé à l’Unesco et le gouvernement burkinabé pour convoquer une conférence ministérielle africaine ‘’ puisque après avoir déblayé le terrain par les techniciens, la rencontre sera l’occasion d’ essayer en même temps de faire remonter en surface ce que la recherche a produit sur l’utilisation des langues et des cultures’’.

Pour le directeur de l’UIL, l’Afrique est le seul continent où la majorité des enfants commencent l’école en utilisant une langue étrangère.

‘’Dans toute l’Afrique, l’idée persiste selon laquelle les langues internationales de grande diffusion sont les seules voies d’ascension économique’’, alors que relève M. Ouane, il existe des ‘’raisons objectives, historiques, politiques, psychosociales et stratégiques à cet état de choses dans les pays africains’’, citant leur passé colonial et le défi moderne que représente la mondialisation.

De nouvelles études montrent de plus en plus les conséquences négatives de ces politiques sur la qualité de l’éducation et sur la marginalisation du continent qui aboutissent, selon le Directeur de l’Institut de l’Unesco à ‘’une amnésie rampant attaquant la mémoire collective’’.

Pour lui, les réussites et les leçons qui ont découlé de ces petites étapes et de ces études à grande échelle, réalisées à travers le continent et ailleurs ont produit suffisamment d’éléments pour remettre en question les pratiques actuelles et favoriser l’adoption de nouvelles approches d’utilisation des langues dans l’éducation

Le multilinguisme et la diversité culturelle de l’Afrique comme partout ailleurs, a-t-il poursuivi, ‘’n’est ni un fardeau ni une menace’’, mais ‘’le choix des langues, leur reconnaissance et leur place dans le système éducatif … devraient se traduire par une approche progressive, concentrique et globale’’.

Devant le ministre hôte et ceux venus de la Zambie, du Congo, du Malawi, de la Côte d’Ivoire et des autres chefs de délégation des autres pays du continent, le directeur de l’UIL a soutenu que la marginalisation de l’Afrique est renforcée par son exclusion presque totale de la création et de la production mondiales de savoir.

‘’Elle (l’Afrique) consomme- parfois sans discrimination- les informations et les connaissances produites ailleurs, par l’intermédiaire de langues inconnues de la majorité de sa population’’, a dit Adama Ouane.

La question de la diversité des langues comme une étant un obstacle, est de ce fait réfutée par M. Ouane qui la présente comme ‘’un avantage’’.

‘’Nous voulons déconstruire cela pour aller vers nos langues, pas en laissant les langues officielles présentes dans notre histoires, utiles sur le plan international, mais nous devons organiser notre système à partir du postulat de nos langues capables de véhiculer toutes les connaissances scientifiques’’, a souligné le directeur de l’UIL.

L’éducation se situe aujourd’hui au cœur des efforts déployés dans le monde pour mettre en place une économie fondée sur le savoir et donne aux individus des moyens de devenir producteurs et aux consommateurs de devenir des citoyens avertis et de s’épanouir, a-t-il expliqué.

Elle est un moteur de la compétitivité mais permet aussi d’entretenir la diversité et l’ancrage dans sa culture, ses traditions ainsi que l’adaptation à l’inconnu et la capacité de vivre ensemble. Ce type d’éducation suppose ainsi de ‘’stimuler la curiosité et de prendre des risques de façon responsable’’.

Le thème des langues dans l’éducation est un sujet controversé depuis les indépendances, a rappelé Adama Ouane, mais la langue et la communication sans aucun doute, ‘’deux des facteurs les plus importants du processus d’apprentissage’’.

Le rapport sur l’EPT en 2005 a souligné que le choix de la langue d’enseignement, la politique linguistique dans les écoles joue un rôle essentiel dans l’efficacité de l’éducation. Dans une étude décisive et très remarquée sur la qualité de l’éducation en Afrique menée par l’ADEA, le facteur linguistique est l’un des facteurs les plus déterminants.

Pourtant plus de 50 ans après la déclaration de l’Unesco sur l’utilisation des langues maternelles et malgré les outils et les expériences, l’Afrique est encore loin du compte.

C’est autour de ces questions fondamentales et politiques, experts, partenaires civiles sont réunies sur la base de ‘’faits éclairés et étayées par la recherche, l’UIL ‘’ pour aller aller au-delà du plaidoyer et promouvoir l’action.

Des expériences ont été collectées, des pays ayant des modèles de réussite ont été invités pour faire état de leur savoir faire et de leurs propositions. Au cours de la conférence les participants vont essayer de faire avancer l’action sur la base des engagements pris.

La cérémonie a été présidée par le ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation, en présence de ses homologues venus du Malawi, du Congo, de la Zambie et du secrétaire exécutif de l’ADEA.

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