vendredi 7 mars 2014

L'INTERVIEW (3) | Prof Tidiane Ndiaye ... [ECHO KII KAN LA? LU MU NU INDAALEEL? n° 6]

"L'Afrique et ses diasporas en question"


Pofrima Jëwriñu SEMEtt
Nous avons l’impression qu’une grande partie des historiens, des anthropologues et autres spécialistes qui ont fait des recherches approfondies sur la question de l’esclavage et de la traite en Afrique et ses diasporas n’insistent pas tellement sur la résistance farouche des peuples contre ce fléau. L’on pourrait prendre l’exemple symbolique des femmes de Ndeer (Sénégal) qui ont même fait l’ultime sacrifice pour refuser d’être asservies. Avez-vous d’autres exemples plus heureux de résistance réussie contre le projet des négriers « européo-judéo-chrétiens » et « arabo-musulmans » … et « afro-africains » ?

Prof Tidiane Ndiaye

Non seulement l’action héroïque des femmes de N’der occupe une bonne place dans mon étude « Le génocide voilé», mais de longs chapitres de mon ouvrage « L’Eclipse des dieux », ont aussi été consacrés aux révoltes des déportés africains intitulées « Le temps des révoltes ». Et comme nous sommes à la veille du 8 mars, journée de la femme, je commencerais par ce que j’ai écrit sur le rôle des femmes dans l’histoire des diasporas noires (L’Eclipse des dieux – Editions du Rocher/Le Serpent A Plumes) :

 « Après l’abolition de l’esclavage, les autorités coloniales avaient prévu que les nouveaux libres déserteraient brutalement les plantations, si l’abolition y était appliquée sans conditions. Aussi, elles autorisèrent les anciens maîtres, à imposer aux affranchis une période de transition, dont la durée s’étalait entre 4 et 10 ans. Durant cette période, presque rien ne devait vraiment changer, puisque les nouveaux libres devaient travailler gratuitement à raison de 40 heures 30 hebdomadaires, autrement dit un prolongement déguisé de l’esclavage. Devant de telles conditions, la plupart des affranchis préférèrent travailler pour leur propre compte. Ceux qui avaient des économies, acquièrent des terres ou en louèrent pour les mettre en valeur. Ainsi nombre d’anciens esclaves profiteront de leur nouveau statut à Antigua, à la Barbade, à la Grenade, à Sainte-Croix et à Trinidad, pour exploiter des domaines tels que la production de bananes, de sucre, de noix de muscade ou de cacao, tandis que d'autres seront pêcheurs ou fermiers.

Le nouveau type d'économie qui se mettait en place dans ces îles, était basé sur le libre-échange, dans une nouvelle société fonctionnant sur le principe de la solidarité par des réseaux d'entraide familiaux et animé de façon fort dynamique par les femmes. Celles-ci se chargeaient d'écouler la production sur les marchés et les excédents étaient destinés à l'exportation. Comme au cours de la longue période précédente, la femme de la diaspora noire, jouera là aussi, un rôle particulièrement remarquable. Cependant, il faut dire que le système esclavagiste n'a voulu faire des hommes que des instruments de production et de reproduction (l’homme étalon). Par l'entreprise de dépersonnalisation, les maîtres ont voulu tuer le guerrier, révolté potentiel, donc dangereux pour l'existence même du système. En évitant de le laisser se fixer des repères, tout esclave pouvait être vendu du jour au lendemain sans avoir à se retourner sur ce qu'il laissait derrière lui. Mais toujours derrière, restait la femme.

Cette société où l'homme était totalement déresponsabilisé, reposait grandement sur la femme noire moins dangereuse aux yeux des maîtres. D’un effectif relativement faible par rapport aux hommes (30% des déportés), les femmes de la diaspora noire marquèrent de leur présence tous les points du système. Indépendamment de la charge émotionnelle et du désespoir que pouvait entraîner la revente d'un enfant ou d’un compagnon, elles devaient aussi faire face aux dures épreuves quotidiennes. Elles ont conservé et transmis les valeurs ancestrales de l'Afrique mère, servi d'intermédiaires entre les bourreaux et les victimes pour apporter une touche quelque peu humaine dans cet univers.

Par leurs chants et berceuses elles ont été les mères des enfants noirs et maîtresses-mères des esclaves mais ont aussi allaité les enfants des maîtres. Les valeurs héritées de la vieille organisation sociale africaine, leur ont permis d'être les éducatrices, supports et bergères de ce qui pouvait ressembler encore à une cellule familiale jouant ainsi, un rôle capital dans la survie biologique et culturelle de la diaspora noire. Cette indéfectible et remarquable faculté d’adaptation à toutes les situations, a survécu jusqu'à nos jours et fait de ces femmes souvent dites « Poto Mitan », des êtres courageux, responsables et selon l’expression créole «yo ni zépaules et reins à yo solides» (elles ont les épaules et les reins solides). »

Quant aux révoltes des esclaves d’une manière générale, il faut dire que les sévices corporels, l’avilissement extrême et les répressions sanglantes étaient des pratiques courantes dans l’univers esclavagiste. La résistance des déportés y prendra donc des formes très dures comme l'automutilation, l'avortement volontaire, l'infanticide, le suicide - pour que l'âme retourne au pays des ancêtres - ou l'empoisonnement du maître par les plantes toxiques. Et de nombreux esclaves choisissaient de s’enfuir, de déserter. De telles fuites étaient qualifiées de «marronnage», de l'espagnol cimarron qui signifie « sauvage. » Une autre origine présumée du mot « marron » proviendrait d’une tribu de Panama, les Symarons, qui se révoltèrent contre les Espagnols, mais tout cela reste du domaine des hypothèses.

Dans l’histoire du marronnage, au Brésil l’un des plus importants des pays esclavagistes de l’époque, les fugitifs réfugiés dans la forêt s’intégrèrent aux Indiens ; on présume qu’ils partagèrent leur connaissance des plantes et de diverses techniques agricoles. Dans le Nord-est de ce vaste pays, des nègres-marrons fondèrent bien avant la révolution haïtienne, une république libre : Palmarès. Ce repaire de fugitifs - située au lieu nommé « Circo real dos Macacos » -, fonctionnait « à l'africaine » : sous le commandement d'un chef et du conseil des Anciens. De nombreux villages (les quilombos), peuplés chacun selon l'origine ethnique de ses habitants, s'y côtoyaient, s’efforçant de vivre en harmonie.

 À Palmarès, les nouveaux libres avaient en quelque sorte réinventé l'Afrique, instaurant des structures de parenté et de pouvoir. Bon nombre des citoyens de Palmarés étaient originaires de l’Angola (le terme ki-lombo étant d’ailleurs angolais.) Cette communauté tenta bien avant le Brésil d’aujourd’hui, une expérience de développement économique et de démocratie raciale. En dépit de son peu d’extension, Palmarès fut, la première entité économique et politique libre de déportés africains au Nouveau Monde. À la tête de cette communauté (qui compta jusqu’à 20.000 âmes), le chef Ganga Zoumba résista longtemps aux armées régulières venues les déloger dans leur repaire. Palmarès devait perdurer pendant plus d'un siècle, résistant aux expéditions dépêchées par les puissances coloniales espagnole, hollandaise et portugaise. Elle ne tombera qu’en 1697, sous les assauts des Portugais.

Aux Antilles, il y eut bien des révoltes d’esclaves dont l’une des plus violentes eut lieu en 1733 à St. John (Antigua) ; elle dura plusieurs mois avant d'être sévèrement réprimée. Entre  1736 et 1816 ce fut au tour de Grenade, Barbade et Sainte-Croix d’être le théâtre de ces révoltes. Dans les colonies hollandaises du continent, le traitement réservé aux asservis ne différait guère des usages en vigueur aux Antilles et en Amérique méridionale. Les Hollandais coupaient le tendon d'Achille aux fugitifs et amputaient la jambe droite en cas de récidive. En 1712, les forces françaises attaquèrent la Guyane hollandaise. Après la défaite et la fuite des colons, quantité d’esclaves mirent à profit le désordre ambiant pour gagner la forêt et s’organiser en bandes indépendantes.

 Les Français partis, les marrons (« Bush Negroes » ou « Nègres des bois »), aidés des Indiens (du moins dans les débuts), se lancèrent dans le pillage. Les Bush Negroes formèrent ensuite leurs propre communautés villageoises, à l’exemple des quilombos brésiliens. D’autres marrons fondèrent les communautés des Oucas, des Bonis - du nom de leur chef -, des Djukas et des Saramacas. Dès 1761, les Hollandais avaient fait face à l'insurrection des Oucas. Ces redoutables guerriers n'en réclamaient pas moins que le départ des colons de Guyane. Ils iront même jusqu'à décimer des compagnies de soldats hollandais et appliquer la loi du talion en réduisant les survivants en esclavage. Les colons et les planteurs ne durent leur salut qu'à un traité de paix signé in extremis avec les Oucas. Ainsi, après plusieurs années de lutte, les communautés de Nègres marrons guyanais, auront définitivement obtenu leur indépendance soit par le verdict des armes, soit par des traités de paix imposés aux colons hollandais. Ces nouveaux libres donnaient des noms pittoresques mais surtout de défiance à leurs repaires de la forêt  tels :

COOFAY : Venez si vous avez du cœur ; MELE MY : Troublez-moi si vous l'osez ; GADO SABY : Dieu seul me connaît ; TESSY SY : Tâtez-en, si vous l'aimez ; KEBRY MY : Cachez-moi, ô vous feuillages qui m'environnez ;  BOUZY CRAY : Les forêts pleurent.

Un certain nombre d’esclaves des colonies espagnoles d'Amérique prirent aussi le large. Ils s’organisèrent dans des camps retranchés, les palenques. L’un des chefs marrons, du nom de Miguel, préserva l’indépendance de son palenque durant des décennies. Bien d’autres furent créés, comme celui de Juan Andresoto dans la région cacaoyère de Yurucuy, au début du XVIIIème siècle ou bien celui de Corro que les Espagnols finirent par détruire en 1795.

En Colombie, les esclaves d'origine bantoue constituèrent un royaume de marrons, le palenque de San Brasilia, dont le dernier souverain fut Domingo Bioho. À Cuba, José Aponté, un marron,  dirigea en 1812 un soulèvement sanglant pour obtenir l’abolition de l’esclavage dans l’île, abolition qui y fut accordée bien plus tard. Dans ce contexte sud-américain lors de la guerre d’indépendance dirigée contre l’Espagne par Simon Bolívar, quantité d’esclaves rejoignirent les rangs des combattants. En échange de leur engagement dans les armées d’El Libertador, ils gagnaient leur liberté. Ainsi à Cuba en 1868, le premier «Commandanté» d’une Révolution populaire et principal artisan de la victoire sur les Espagnols sera le général noir Antonio Macèo, surnommé « le Titan de bronze. » Notons que comme partout ailleurs où les esclaves étaient nés en Afrique et leur nombre supérieur aux maîtres, ces derniers ont été incapables de réussir la déculturation et d'imposer leur loi.

Ainsi, les Nègres marrons de la Jamaïque, sous les ordres d'une femme exceptionnelle et au pouvoir magique disait-on, Nanny, fondèrent une communauté de Nègres marrons dans les montagnes bleues (région de Portland.) Cette femme charismatique d’origine Ashanti, n’a pas connu l’esclavage. Elle s’était enfuie dès sa descente du bateau qui l'a ramenée d'Afrique. Celle que les esclaves surnommaient affectueusement la «mère Nanny», accueillait tous les fugitifs de la région pour mener le combat contre les esclavagistes. Sa communauté disposait d'une puissante armée qui mit souvent en déroute les soldats anglais et leurs alliés indiens Moskitos. Au prix de multiples actions violentes et de combats gagnés, les Nègres marrons jamaïcains conquièrent le droit de vivre libres et d'exploiter leurs propre établissements, sur des terres indépendantes des colons anglais. Par le Traité de Trelawny, ils se verront céder les territoires de Cockpit et des « montagnes bleues » sous l’autorité de leurs chefs Coffe, Accompong, Cudjoe et Nanny.

 Quant aux Antilles françaises, les soulèvements d’esclaves furent directement liés aux événements de la Révolution française de 1789. Dans un premier temps, ce grand bouleversement avait fait naître l'espoir et un rêve de liberté dans ces populations depuis trop longtemps asservies. Malgré l'article 1er de la déclaration des droits de l'homme - tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit -, dans les colonies françaises des hommes continuaient à naître et à demeurer esclaves. En fait les privilégiés n’abandonnent pas leur domination sans y être forcés. Il est vrai que les actions généreuses des abolitionnistes de l’époque des Lumières, sont un exemple pour l’humanité.

Pofrima Jëwriñu SEMEtt
Vous reprochez aux « intellectuels arabo-musulmans » leur mutisme  sur la traite des noirs que vous qualifiez même de « génocide voilé » en l’opposant à celle transatlantique qui selon vous n’a pas débouché sur la castration des esclaves et leur anéantissement . Qu’en est-il ?

Prof Tidiane Ndiaye

 En fait sur la question, on assiste à une querelle sémantique déplacée. Presque dans tous les pays où évolue encore la diaspora noire : aux États-Unis, en France métropolitaine, en Grande Bretagne, dans la Caraïbe etc., le terme de génocide est souvent employé - dans une sorte de compétition des Mémoires -, pour qualifier la traite et l’esclavage pratiqués par l’Occident. Alors qu’il convient de reconnaître que dans l’utilisation des déportés africains dans le Nouveau Monde, un esclave, même déshumanisé, avait une valeur vénale pour son propriétaire. Ce dernier le voulait d’abord efficace, mais aussi rentable dans le temps, même si son espérance de vie était des plus limitées.

Et quelle que fut l’ampleur de cette traite, il suffit d’observer la dynamique diaspora noire qui s’est formée au Brésil, aux Antilles et aux USA, pour reconnaître qu’une entreprise de destruction froidement et méthodiquement programmée des peuples noirs au sens d’un génocide - comme celui des Juifs, des Arméniens, des Cambodgiens ou autres Rwandais -, n’y est pas prouvée. Dans le Nouveau Monde la plupart des déportés ont assuré une descendance. De nos jours, plus de soixante dix millions de descendants ou de métis d’Africains y vivent. Voilà pourquoi, nous avons donc choisi d’employer le terme d’Holocauste pour ce qui est de la traite transatlantique. Car ce mot signifie bien sacrifice d’hommes pour le bien-être des autres hommes, même si cela ait pu entrainer un nombre incalculable de victimes.

En outre, la plupart des nations occidentales impliquées dans le commerce triangulaire, ont aujourd’hui reconnu leur responsabilité et prononcé leur aggiornamento. La France entre autres l’a fait par une loi - qualifiant la traite négrière et l’esclavage de crime « contre l’humanité » -, votée au parlement le 10 mai 2001. Ce qui a marqué clairement un changement d’attitude chez les Français, face à une page de leur histoire jusqu’alors mal assumée. Seul le génocide des peuples noirs par les nations arabo-musulmanes, n’a toujours pas fait l’objet de reconnaissance aussi nette.

Pour ce qui est de l’autre traite celle pratiquée par les Arabo-musulmans, les statistiques exactes de cette infamie - du moins celles parvenues jusqu’à nous, car ses acteurs ne tenaient pas de relations écrites au contraire des atlantistes -, sont effarantes. Pourtant on ne saura sans doute jamais, combien ont succombé avant d’arriver sur les marchés. Selon certains témoignages, il y avait des routes où les victimes étaient si nombreuses, qu’on pouvait suivre les traces des caravanes par les cadavres laissés derrière elles. Des deux cotés de ces routes, rapporte le voyageur allemand Gerhard Rohlf, on voyait les ossements blanchis des captifs morts. Quelques squelettes portaient encore leurs Katouns (vêtements de certaines tribus africaines.) Même celui qui ne connaissait pas le chemin du Bornou, dit-il, n’avait qu’à suivre les ossements dispersés à gauche et à droite de la voie ; il ne pouvait se tromper.

Au cours de ces rezzous, de nombreux hommes se faisaient tuer, en défendant chèrement leurs libertés et celles de leurs proches. Tandis que quelques rares survivants allaient avec leurs familles, périr de misère au milieu des marais. Dans de nombreuses régions africaines, toutes les populations étaient frappées sans exception : des hommes tombaient entre les mains des chasseurs arabes, c’était les plus faibles. Les autres, plus braves, étaient tués lors des attaques, les survivants capturés et les blessés achevés ou laissés sur place. Parmi ces derniers, beaucoup furent décimés par la misère, les épidémies et les famines. Stanley racontant une razzia dans le haut Congo conclut ainsi :  « Dans les 118 villages mentionnés plus haut, les Arabes ont fait 3600 esclaves. Il leur a fallu tuer pour cela, 2500 hommes adultes pour le moins et de plus, 1300 de leurs captifs. Étant donné cette proportion, la capture des 10 000 esclaves par les cinq expéditions d’Arabes n’a pas couté la vie à moins de 33 000 personnes. »

Il y a bien-sûr une grande complexité des problèmes, que toute recherche sur les traites négrières rencontre. Les rares données statistiques sur l’importance de cette entreprise homicide sont très fragmentaires, sans compter la mauvaise maîtrise des sources, certains registres ont été falsifiés dans les archives des pays arabo-musulmans. Des fonds n'ont pas été inventoriés, quand il ne s'agit pas tout simplement de disparitions d'archives privées ou publiques. Autrement dit, les sources statistiques de la traite arabo-musulmane restent « voilées. »

Cette carence m’a conduit, à travailler sur des hypothèses, des récits de griots, des recoupements et des témoignages directs ou indirects. Ces travaux ont souvent abouti à une évaluation approximative, mais qui dégage toujours, un foisonnement de chiffres qui donnent le vertige. Dans les régions proches de la mer Rouge et de l’Océan indien, 8 millions d’Africains environ auraient été transférés. Lorsqu’on ajoute ceux transportés par le Sahara (9 millions), on aboutit ainsi à un total de plus de 17 millions d’Africains. A elle seule, cette traite serait à l’origine d’un peu plus de 40% des 42 millions de captifs africains déportés. Ce chiffre serait même, selon certaines sources, vraisemblablement en deçà de la réalité. Il faudrait le traiter avec une marge d’erreur d’au moins 25%, sur une période s’étalant du milieu du VIIème siècle au XXème siècle. Compte tenu du fait que pour un déporté « arrivé à bon port », 3 ou 4 autres auraient péri directement ou indirectement, des conséquences des « guerres saintes d’approvisionnement », de l’incendie des villages, des greniers, des famines et des épidémies, on imagine aisément l’ampleur d’une telle tragédie à l’échelle d’un continent.

Au cours de cette traite, qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide de peuples noirs par massacres, razzias sanglantes puis castration massive, chose curieuse, très nombreux sont ceux qui souhaiteraient le voir recouvert à jamais du voile de l’oubli, souvent au nom d’une certaine solidarité religieuse, voire idéologique. C’est en fait un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. Ce pacte est virtuel mais la conspiration est bien réelle. Parce que dans cette sorte de « syndrome de Stockholm à l’africaine », tout ce beau monde s’arrange sur le dos de l’Occident. Tout se passe comme si les descendants des victimes étaient devenus les obligés, amis et solidaires des descendants des bourreaux, sur qui ils décident de ne rien dire. Ce silence sélectif entourant le crime arabo-musulman envers les peuples noirs et sa sous-estimation, pour mieux braquer les projecteurs, uniquement sur la traite transatlantique, est un ciment devant réaliser la fusion des Arabes et des populations négro-africaines, longtemps « victimes solidaires » du colonialisme occidental. Mais c’était sans compter avec ma volonté d’ouvrir le débat avec mon ouvrage « Le génocide voilé ».


Pofrima Jëwriñu SEMEtt
 La fondation australienne Walk Free avance des chiffres terribles concernant l’esclavage actuellement  en Mauritanie : « 4 % des Mauritaniens sont asservis ». Ces chiffres nous plongent dans l’horreur ! Quelle lecture faîtes vous de ces données statistiques ? 

Prof Tidiane Ndiaye

Sur la question mauritanienne, je n’avais pas été autorisé à enquêter. En revanche, je sais que de multiples organisations de défense des droits humains combattent l’esclavage dans le pays. Il y a d’abord le combat contre l’esclavage par ascendance : pratique ancestrale où on est esclave parce qu’on est fils d’esclave. Ce type d’esclavage dit traditionnel est pratiqué dans les campagnes et dans les villes. Il y a ensuite l’esclavage dit « moderne » : les maîtres hébergent et nourrissent leurs esclaves en échange d’un travail non rémunéré. Dans bien des cas, les victimes subissent de mauvais traitements, notamment les femmes esclaves qui « peuvent être violées dès l’âge de 12 ans ; lorsqu’elles ont des enfants avec le maître, celui-ci n’est pas tenu de les reconnaître ». Dans ce pays esclavagistes et politiques peuvent se retrouver complices. Les esclaves y manquent de tout. Ils sont les moins instruits, les plus pauvres, les plus isolés, les plus marginalisés et les plus discriminés. Et devant l’hypocrisie des gouvernants africains qui se taisent, fort heureusement des ONG et des activistes comme Ould Abeid se battent pour abolir cette infamie. Moi j’ai ma plume et dès que l’occasion m’en est offerte dans les médias du monde entier, je ne rate jamais l’occasion de dénoncer cette réalité abjecte en plein XXIème siècle.

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